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La charentaise, bientôt protégée par une indication géographique?

Environ 300.000 paires de charentaise sont fabriquées chaque année par six entreprises qui emploient 210 personnes.

Environ 300.000 paires de charentaise sont fabriquées chaque année par six entreprises qui emploient 210 personnes. - Joel Saget AFP

Six entreprises fabriquant ce célèbre chausson né à la fin du 19ème siècle veulent tirer parti de l'élargissement des indications géographiques aux produits manufacturés. Elles ont déposé un dossier pour obtenir ce label afin de protéger ce patrimoine artisanal et lutter contre les contrefaçons.

Symbole du confort et de la qualité, la charentaise cherche à décrocher une indication géographique (IG). L'Association pour la promotion de la charentaise (APC), qui regroupe six entreprises implantées en Charente et en Dordogne, a déposé un dossier auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi) d'Angoulême. Une enquête publique a été ouverte en vue d'homologuer cette indication, qui si le dossier est accepté, aboutira à une homologation d'ici au mois de novembre.

Les fabricants cherchent à protéger la qualité et le savoir-faire artisanal. La création d'une IG leur permettrait de les doter d'un arsenal juridique en cas de contrefaçons et d'apporter aux consommateurs une garantie d'authenticité sur les articles achetés.

Un produit issu du recylage

Environ 300.000 paires de charentaise en cousu retourné, technique historique de fabrication, sont fabriquées chaque année par ces six entreprises qui emploient 210 personnes, pour un chiffre d'affaires total d'environ 5 millions d'euros en 2016. Si le marché national représente le gros des ventes, les charentaises s'exportent en Europe, en Asie, en Amérique du Nord. 

La charentaise est apparue à la fin du XIXe siècle en Charente, Dordogne et sud du Limousin "pour recycler des reliquats de fabrication des industries textiles et papetières situées sur le fleuve Charente et ses affluents", précise l'Inpi dans un communiqué.

Le "cousu retourné", un élément clé

"Les feutres à papier étaient en laine. Après avoir servi au pressage et avoir absorbé l'eau de la pâte à papier, ils devenaient imperméables. Les savetiers locaux eurent alors l'idée de récupérer les feutres pour en faire des semelles souples et confortables", a-t-il expliqué.

La technique historique de fabrication de ces pantoufles est le "cousu retourné", une technique qui permet d'assembler avec un fil de chanvre la semelle en feutre ou cuir et la tige, avant de retourner le chausson pour lui donner sa forme définitive.

La loi dite "consommation" a élargi les indications géographiques aux produits manufacturés, et non plus seulement aux produits agricoles et viticoles, pour reconnaître la qualité et la provenance des produits de l'artisanat et de l'industrie. Trois indications géographiques ont déjà été homologuées par l'Inpi: le siège de Liffol (Vosges), le granit de Bretagne et la porcelaine de Limoges.

Les dossiers en cours sont la tapisserie d'Aubusson, le grenat de Perpignan, la pierre de Bourgogne, et le savon de Marseille. La demande d'IG pour les espadrilles de Mauléon a en revanche été refusée.

C.C. avec AFP