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Pourquoi la 5G pourrait perturber les prévisions météo

La 5G pourrait venir empiéter sur la qualité des prévisions météo.

La 5G pourrait venir empiéter sur la qualité des prévisions météo. - Handout / NASA/NOAA / AFP

Pour mettre en route l'héritière de la 4G, les opérateurs responsables du déploiement de la 5G et les météorologues pourraient se disputer un bien précieux: des fréquences stratégiques, jusqu'à présent utilisées pour établir des prévisions météorologiques.

Une conférence d'une ampleur toute particulière se tient en Egypte. Depuis fin octobre, plus de 3.000 experts du monde entier se rassemblent pour trancher un débat particulièrement épineux: comment faire en sorte que la très attendue technologie 5G, qui viendra sous-tendre les applications de demain, ne vienne pas perturber les prévisions météo ?

La question peut sembler étonnante. Elle prend pourtant racine sur un terrain bien concret. Pour fonctionner, la technologie 5G devra s'accaparer certaines fréquences. Or, ces dernières s'avèrent proches de celles utilisées actuellement pour l'observation par satellite des phénomènes météorologiques. D'où un réel risque d'interférences entre les deux.

"Un seul mobile, une seule station 5G ne vont brouiller en rien les observations météorologiques. Ce qui risque de les brouiller, c’est l’agrégation des émissions radioélectriques en dehors des bandes de fréquence [des émissions qui "débordent" du canal de fréquences utilisé, ndlr] prévues pour les stations de téléphonies 5G", précise à BFM Tech Eric Allaix, coordinateur national des fréquences auprès de Météo France.
"À partir d’un certain seuil, les variations d’émission hors bande liées à la 5G seront tellement proches des émissions naturelles de l’atmosphère que les satellites amenés à faire des observations dites "passives" ne pourront plus faire la différence entre le rayonnement naturel de la Terre et de l’atmosphère et ces émissions", prévoit-il.

Des fréquences très convoitées

Une agence des Nations Unies, l’Organisation météorologique mondiale (OMM), s'est tout récemment inquiétée de ce phénomène, rapporte Le Figaro. Elle rejoint dans son analyse Eumetsat, l’organisation européenne qui exploite les satellites de météorologie, l’Agence spatiale européenne (ESA) ainsi que le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF).

Aux Etats-Unis, le gouvernement a commencé à mettre aux enchères les gammes de fréquences vouées à être utilisées par le réseau 5G. "Certaines de ces fréquences sont proches de celles utilisées par les satellites pour des observations cruciales de la Terre", rapportait déjà Nature en avril 2019. "Les météorologues craignent que les transmissions 5G provenant de téléphones portables et d’autres équipements ne viennent interférer avec leur collecte de données”, complétait le magazine. 

En s'inscrivant entre 24 et 50GHz, la 5G viendrait s'immiscer tout près des fréquences les plus précieuses aux yeux des météorologues. Celles qui servent, pour ne citer qu'elles, à mesurer la colonne de vapeur d'eau ou encore à détecter les "signatures spectracles" de l'oxygène, de l'hydrogène et de l'ozone. 

"Très concrètement, les prévisions liées au déplacement d'un cyclone, au temps qu'il fera en Europe ou encore au suivi du changement climatique, seront perturbées", anticipe Eric Allaix. "Et si rien de précis n'est décidé ces prochains jours, ces perturbations pourraient intervenir sous quatre à cinq ans."

Les opérateurs de télécommunications et les régulateurs devraient ainsi être amenés à prendre des mesures pour réduire le risque d'interférences, et éviter que la 5G vienne empiéter sur la qualité des bulletins météo. La conférence organisée en Egypte vise justement à négocier les modifications à apporter au Règlement des radiocommunications, un traité international qui établira quelles fréquences les entreprises pourront utiliser pour les transmissions en 5G. Réponse le 22 novembre à Charm el-Cheik. 

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech