BFM Business

Peinture, musique: les intelligences artificielles sont désormais des artistes reconnus

Alors qu’un concours de peinture met en compétition des tableaux créés par des intelligences artificielles, celles-ci prennent une place grandissante dans la création musicale.

L’art reste-il de l’art sans la moindre sensibilité humaine? La réponse à cette question est de moins en moins évidente, à mesure que les intelligences artificielles démontrent leurs compétences dans le domaine de la création. Depuis deux ans, Andrew Conru, un ingénieur passé par l’université de Stanford, organise la RobotArt Competition. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un concours mettant en concurrence des œuvres créées par des robots. Au total, 100.000 dollars (environ 85.000 euros) sont répartis entre les lauréats.

De la peinture au drone

Parmi les participants, on trouve des universitaires, mais également des passionnés de programmation. Pour eux, l’enjeu est de créer un programme suffisamment intelligent pour créer des formes cohérentes et harmonieuses. Parmi les impératifs du concours, l’obligation de soumettre une toile peinte, et non imprimée. Pour cela, les participants peuvent faire appel à des bras robotisés, mais également à des drones.

-
- © -

Cette année, cent toiles ont été soumises. Le gagnant, qui empoche 40.000 dollars, a opté pour le pseudonyme CloudPainter. Il s’est illustré par une reproduction des Maisons à L'Estaque de Paul Cézanne. Pour cela, il a détourné l’usage d’un logiciel de visualisation de données baptisé Kibana. Dans un premier temps, les œuvres plébiscitées par la RobotArt Competition devaient être exposées et mises en vente à la Seattle Art Fair, qui se tiendra début août. L’événement a finalement été annulé.

-
- © -

L’IA vend déjà sa musique

Si la commercialisation des tableaux créés par des intelligences artificielles est en suspens, celle des morceaux de musique créés par des logiciels est déjà une réalité. L’un des exemples les plus emblématiques est l’entreprise Amper, qui a lancé un logiciel baptisé Amper Music. D’après le site Web de la firme, le but est d’aider les créatifs à générer de la musique pour des films documentaires, institutionnels, ou pour des jeux vidéo.

L’interface du logiciel est élémentaire. Le client choisit le style de musique, une ambiance (joyeuse ou mélancolique, par exemple), un tempo et une durée. Un “premier jet” est créé par la machine, que l’utilisateur peut ensuite peaufiner. En 2017, la firme s’est offert un joli coup de communication. La chanteuse Taryn Southern a sorti un morceau dont la musique a entièrement été composée par une intelligence artificielle. Sur YouTube, la vidéo a été vue près de deux millions de fois.

L’an dernier, l’entreprise Aiva a mis au point la première intelligence artificielle à obtenir le statut de compositeur auprès de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). Là encore, le but est de composer des morceaux destinés à des films ou jeux vidéo à moindre frais.

Des catalogues sans artistes?

Comme un artiste s’inspire de ses idoles, une intelligence artificielle peut puiser dans un style musical, voire chez un artiste en particulier. En 2016, le compositeur Benoît Carré sortait un morceau conçu avec Flow Machine, un logiciel dont la création a été coordonnée par François Pachet et financée par le Conseil européen de la recherche. Son titre, baptisé Daddy’s Car, a été créé en analysant 45 morceaux des Beatles.

Après un passage au Sony Computer Science Laboratories, François Pachet est désormais directeur du Spotify Creator Technology Research Lab. Dans les mains d’un géant du streaming musical, la musique générée par une intelligence artificielle pourrait constituer une immense manne financière. Alors qu’Uber développe une voiture autonome pour se passer de chauffeurs, Spotify aurait-il l’ambition de se passer des artistes, et des millions de dollars de droits d’auteur à leur reverser? A l’heure actuelle, une offre sans Beyoncé, Louane ou Kanye West paraît difficilement envisageable.

En juillet 2017, Spotify était accusé de promouvoir de faux artistes - non rémunérés - dans ses playlists, dans le but de faire gonfler ses bénéfices (ou diminuer ses pertes). Pour cela, la plateforme de streaming aurait diffusé des morceaux achetés à une société de production de musique libre de droit. A l’avenir, des titres composés par sa propre intelligence artificielle pourrait lui permettre de mettre davantage de beurre dans les épinards.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech