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Des logiciels de surveillance israéliens prisés des dictatures pour traquer les dissidents

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- - Oli SCARFF AFP

Une enquête du journal israélien Haaretz met en lumière la façon dont Israël est progressivement devenu une figure de proue du commerce mondial des outils de surveillance et d’interception de communications.

Puissants outils aux ramifications infinies, les logiciels de surveillance font les choux gras de plusieurs sociétés israéliennes, dont NSO Group, Verint Systems ou Circles Technologies. Une enquête du journal israélien Haaretz, qui s’appuie sur plus de cent sources de quinze pays, montre de quelle façon Israël s’est imposé comme l’un des plus importants exportateurs de technologies de surveillance et logiciels espions.

Haaretz précise de quelle façon les dictatures et régimes autoritaires viennent s’abreuver auprès des firmes israéliennes pour mieux garder un œil sur leur population. Les témoignages montrent que ces logiciels ont été utilisés pour localiser et placer en détention des militants des droits de l’homme, persécuter des membres de communautés LGBT et réduire au silence des dissidents.

Une activité florissante

Parmi les pays clients de ces solutions, le Bahreïn, l'Indonésie, l'Azerbaïdjan, l'Ethiopie ou encore le Qatar et les Emirats arabes unis. Ces logiciels sont officiellement vendus pour lutter contre le terrorisme ou le crime organisé, mais s'arrogent un rôle tout autre dans les pays concernés. Les industriels israéliens estiment, à leur décharge, que ces outils sont dévoyés de leur usage premier et qu'ils ne peuvent se prémunir des utilisations abusives. "Vous ne pouvez pas vendre une Mercedes à quelqu’un et lui dire de ne pas conduire à plus de 100 kilomètres à l’heure", se défend l’un d’entre eux auprès du journal israélien.

Plusieurs pays clients de solutions de surveillances israéliennes.
Plusieurs pays clients de solutions de surveillances israéliennes. © Haaretz

Trois sources sollicitées par Haaretz confirment l'utilisation des solutions de Verint pour traquer des homosexuels ou membres de communautés religieuses en Indonésie. Le logiciel concerné permet de constituer des bases de données en fonction de critères précis et de surveiller les individus concernés. 

L'enquête apporte également un éclairage nouveau sur les activités de NSO Group, la société israélienne la plus connue en matière de logiciels de surveillance. Son "cheval de Troie", baptisé Pegasus, est l'un des plus puissants du marché. A partir d'un numéro de téléphone, il est en mesure d'en suivre la localisation, de procéder à l'écoute de conversations, de lire et écrire des messages, de télécharger et utiliser des applications mobiles ou encore d'accéder aux photos et au répertoire. D'après Haaretz, il a trouvé une utilisation spécifique au Mexique, pour suivre les activités des opposants au gouvernement. 

Début le mois d'août, Amnesty International affirmait avoir été infiltré par un logiciel malveillant, à la suite de l'ouverture d'un simple message WhatsApp par l'un de ses collaborateurs. Une fois le lien ouvert, s’ensuivait automatiquement l’installation de Pegasus. Quelques jours plus tard, le New York Times révélait que les Emirats arabes unis avaient sollicité NSO Group pour surveiller le Qatar et enregistrer les conversations téléphoniques de son émir.

La France n'est pas exempte de telles activités. L'entreprise Amesys, qui officie désormais sous le nom de Nexa, fait l'objet d'une information judiciaire depuis 2011 pour avoir fourni au régime libyen un vaste système de surveillance électronique. Ce dernier a joué un rôle crucial dans l'identification d'opposants et de défenseurs des droits humains, arrêtés puis torturés. En juillet 217, Télérama révélait que l'Egypte avait elle aussi bénéficié d'un système de surveillance analogue, pour traquer les opposants au régime d'Al-Sissi. 

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech