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Robinhood, Poppies: quand les internautes organisent une guerre des avis en ligne

Christophe Wilson, patron du Poppies à Nice (Alpes-Maritimes), a ouvert son restaurant le 27 janvier 2021, bravant les règles sanitaires.

Christophe Wilson, patron du Poppies à Nice (Alpes-Maritimes), a ouvert son restaurant le 27 janvier 2021, bravant les règles sanitaires. - BFMTV

Pour les applications comme pour les établissements recensés en ligne, une bonne réputation se joue bien souvent à coup d'étoiles. Et écoper d'une seule étoile peut prendre des airs de sévère punition.

Elles ont plu et continuent de pleuvoir sur Robinhood, une très populaire application de courtage en ligne. A la suite d'une décision controversée, le 28 janvier, près de 100.000 mauvaises notes ont été attribuées en quelques heures au service américain, faisant plonger sa note sur le Google Play Store (le magasin d'applications d'Android) à près d'une seule étoile. De quoi en faire un cancre des applications de trading.

Robinhood a en l'occurrence fait les frais d'une campagne de dénigrement lancée en ligne, par des milliers d'utilisateurs mécontents. La raison de leur colère: l'application avait temporairement interdit toute prise de position sur certain titres, afin de limiter la spéculation effrenée sur des actions telles que celle de l'enseigne américaine de jeux vidéo, GameStop.

Sur Reddit, repaire des boursicoteurs de WallStreetBets, comme sur d'autres réseaux sociaux, une cohorte d'internautes démunis ont ainsi appelé à donner au courtier la note minimale, en guise de représailles. Quitte à doubler cette seule étoile de commentaires véhéments.

Une étoile pour punition

Rares sont les campagnes de dénigrement en ligne à avoir pris une telle ampleur. Conformément à ses conditions d’utilisation, Google a opéré un grand ménage dans ces mauvais avis, pour que Robinhood fasse peau neuve et retrouve ses brillantes quatre étoiles. Mais le bras de fer entamé entre les boursicoteurs et Google est encore en cours. Quotidiennement, l’entreprise supprime ainsi les mauvais avis pour que Robinhood bénéficie d’une notation plus "juste".

L’est-elle vraiment, dans ces conditions si particulières ? Google part du principe que les activités coordonnées visant à abaisser ou à faire augmenter artificiellement la note d'une application ou d'un établissement ne sont pas les bienvenues sur ses services. Le large mécontentement suscité par la décision de Robinhood n'en est pas moins légitime. L'application fait d'ailleurs l'objet d'une action de groupe, cette fois-ci bien réelle, pour avoir pris une telle initiative.

Un restaurant au cœur des passions

L'un des derniers établissements à avoir fait l'objet d'un tel raid numérique est français. Le restaurant Le Poppies, rouvert à Nice par son propriétaire à rebours des mesures sanitaires en vigueur, a déchaîné les avis en tous genres. La notation en ligne de cet établissement jusqu'à présent bien discret a dès lors pris des allures militantes.

"Le rebelle du fond de la poêle à frire. Ouvrir en pleine pandémie. Bravo. Belle marque de respect aux soignants, aux malades et aux victimes", pouvait-on ainsi lire en guise d'avis désapprobateur sur Google Maps, d'après Le Figaro. Là encore, Google a fait le tri. Seuls 77 avis demeurent désormais à propos de cet établissement, contre des centaines à la suite de sa médiatisation.

Google indiquait en 2019 recevoir près de "20 millions de contributions par jour" sur son seul service Maps, pour noter des établissements de restauration comme des bars ou encore institutions.

Une revanche temporaire

Sur ces millions de contributions, Google s'efforce de séparer le bon grain de l'ivraie. "Maps n'a pas vocation à devenir une tribune propageant des attaques personnelles, ou des commentaires politiques ou sociaux. Les contenus qui ne respectent pas cette règle seront supprimés", peut-on ainsi lire dans ses conditions d'utilisation.

Pour éviter que des considérations personnelles ne prennent le pas sur une notation objective des établissements fréquentées, ou des applications testées, Google indique auprès de BFM Tech avoir opté pour une modération hybride, à mi-chemin entre vérification au cas par cas, par des modérateurs, et algorithmique. Autant d'outils qui restent néanmoins secrets, "afin de ne pas les révéler auprès d'acteurs malintentionnés".

Toute opération coordonnée visant à nuire artificiellement à la réputation d'un établissement en ligne reste ainsi en théorie vouée à l'échec. Mais la simple consultation d'établissements décriés montre les limites de ce discours. La Hadopi, l'autorité française en charge de la lutte contre le piratage en ligne, écope ainsi d'une très mauvaise note (1,3) et de commentaires particulièrement acerbes, en raison de son simple manque de popularité. Google le reconnaît: il "reste du travail à faire".

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech