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Accusé de position dominante, Meta va pouvoir réclamer des données à ses concurrents

Un juge américain vient de demander à TikTok, WeChat et Telegram des informations concernant leurs parts de marché: de quoi, selon Facebook, prouver une dynamique concurrentielle.

C'est un soutien de poids pour Meta. Le juge américain James Boasberg, en charge de l'affaire visant l'entreprise pour abus de position dominante, vient d'envoyer plusieurs lettres aux concurrents du groupe, pour leur réclamer des informations précises sur leurs activités et leurs parts de marché.

Une missive est donc partie vers le ministère chinois de la Justice, concernant deux géants asiatiques: d'une part, Tencent, responsable de l'application mobile de messagerie WeChat; de l'autre, ByteDance, maison-mère de l'aggrégateur de vidéos et réseau social TikTok. Une autre lettre a elle rejoint les Iles Vierges britanniques: c'est là qu'est abritée la holding du service de messagerie Telegram.

Boasberg a souligné dans ces lettres vouloir mettre la main sur des données concernant les utilisateurs, ainsi que sur des présentations aux investisseurs et aux membres des conseils d'administration. Le juge souhaite ainsi obtenir des informations sur les analyses réalisées par ces entreprises concernant leur concurrence avec Facebook, Whatsapp et Instagram, appartenant toutes à Meta.

Levée de boucliers

Meta a déjà annoncé que jusqu'ici, il avait été dans l'incapacité de récupérer des donnés pour les filiales américaines de ses concurrents, et avait réclamé l'appui du juge chargé du procès pour aller s'approvisionner directement auprès de leurs maisons-mères.

En mars, les entreprises concernées avaient demandées de leur côté à ce que James Boasberg limite ce que pourraient voir les avocats de Meta lors du procès. Meta propose d'ouvrir l'accès aux données confidentielles à deux de ses conseillers internes, pour pouvoir se défendre correctement. "Meta exige une quantité extrêmement importante de matériaux sensibles provenant de tiers", avait simplement concédé le juge.

La Federal Trade Commission (FTC), agence chargée de la concurrence aux Etats-Unis et à l'origine de la plainte déposée contre Meta, estime que les exigences du groupe sont trop élevées, et pourraient gêner ses concurrents.

De nombreuses entreprises qui ne sont pas en concurrence avec Meta pour la fourniture de services de réseaux sociaux personnels peuvent être lésées par la divulgation d'informations confidentielles", a-t-elle déclaré au printemps.

Deuxième tentative

Ces données pourraient s'avérer centrales dans le procès qui devra juger de l'abus ou non de position dominante par Meta. L'évaluation de la concurrence était déjà au centre des échanges entre la justice, la FTC et Meta en août 2021: Boasberg avait alors validé la procédure engagée par la FTC, estimant que "les faits tels qu'ils sont présentés cette fois-ci (...) sont plus solides et détaillés qu'avant". Car Washington avait refusé une première attaque de la FTC, en juin 2021: l'agence n'avait alors pas pu produire les preuves nécessaires.

Dans sa deuxième plainte, la FTC estime que le marché des réseaux sociaux personnels est occupé à plus de 65% par Meta, via Facebook et Instagram. Autre point de crispation, les rachats successifs d'Instagram et Whatsapp: la FTC soutient que le groupe de Mark Zuckerberg a "illégalement racheté ou enterré les nouveaux innovateurs quand leur popularité en faisait une menace existentielle."

Meta dénonce une politisation excessive de l'affaire: le groupe vise particulièrement Lina Khan, juriste nommée par Joe Biden à la tête de la FTC et engagée contre les monopoles.

Valentin Grille