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Immobilier : Century 21 accuse Cécile Duflot de faire fuir les investisseurs

Selon Century, 81 000 logements n'ont pas été achetés par des bailleurs depuis 2012

Selon Century, 81 000 logements n'ont pas été achetés par des bailleurs depuis 2012 - dr

Le réseau d'agences immobilières tient le ministère du Logement pour responsable de la désaffection des investisseurs pour l'immobilier résidentiel. Au passage, il alerte sur le risque d'aggravation de la pénurie de logements locatifs.

La loi Alur* éloignerait les investisseurs du marché locatif. Ce qui s’apparentait jusqu’à présent à une simple imprécation de la part des opposants au texte semble se préciser, à la lumière des chiffres publiés lundi par Century 21.

Le réseau indique que 16,6 % seulement des logements vendus par ses agences au troisième trimestre 2013 l’ont été à des investisseurs locatifs, contre 17,63 % un an plus tôt. Soit un repli d’un point de base, ou 5,8 %. Faible en apparence, mais suffisamment prononcé pour que le président du réseau, Laurent Vimont, en vienne à évoquer « une véritable lame de fond » à l’œuvre depuis « déjà trois trimestres, alors que la part des investisseurs était, au mieux, stable depuis plusieurs années ». A l’échelle du pays, ce sont pas moins de 81 000 logements anciens qui auraient été laissés sur le carreau depuis le début de l’année dernière.

« Carcan législatif »

Le phénomène prendrait même des allures de « tsunami » à Paris, où Century constate que la part des investisseurs locatifs au sein de son portefeuille a chuté de près de 11 % en un an, à 26,9 %.

Selon le dirigeant, les raisons de cette désaffection ne font aucun doute : « les contraintes de la loi Alur », partie émergée de l’iceberg du « carcan législatif » que la ministre du Logement, Cécile Duflot, tisse depuis un an et demi « à coup de taxations [et d’]annonces de réquisition ». Les investisseurs, « effrayés, sinon écœurés, […] préfèrent se détourner de la location et reporter leurs investissement sur l’immobilier d'entreprise et de commerce ». A Paris, au troisième trimestre, Century 21 a ainsi observé une progression de 19 % de la part des achats de murs de boutiques.

Hiver 54

« Nos membres sont unanimes : les particuliers sont paniqués et ne comprennent pas pourquoi, alors qu’il est incapable de construire des logements là où il le faudrait, le gouvernement se mêle de leurs affaires », nous explique Laurent Vimont. En cause plus particulièrement, l’encadrement des loyers, « dispositif adapté au marché parisien mais qui est pourtant entré en vigueur dans trente-neuf agglomérations, soit plus de 800 communes… ».

Si la tendance constatée devait se poursuivre, M. Vimont prédit une aggravation de la crise du logement et « le retour à une situation comparable à celle de l’hiver 1954, avec des files d’attente devant les logements ».

Plus mesurée, la chambre des notaires de Paris-Île-de-France, évoquait en début de mois une « réaction à chaud » de la part de certains propriétaires bailleurs promettant de vendre une fois leur bail arrivé à échéance, précisant qu'il était, à ce stade, difficile de savoir si cette menace serait mise à exécution.

Les chiffres de Century 21 ont pour mérite de mettre des chiffres sur le phénomène. Les autres réseaux d’agence ne devraient pas manquer de lui emboîter le pas.

*Loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, voté en première lecture à l'assemblée nationale

Emmanuel Salbayre