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Ces obstacles qui empêchent la France de construire plus de logements

La France peine à construire un nombre suffisant de logements.

La France peine à construire un nombre suffisant de logements. - Philippe Lopez - AFP

L'an passé, 390.000 logements ont été autorisés en France, soit 60.000 de moins qu'en 2019. Loin de l'objectif des 500.000 logements par an.

Derrière l'objectif simple de construire plus de logements, affiché de toutes parts, se cachent de nombreux obstacles. Voici un tour d'horizon de la situation et des responsabilités des différents intervenants.

Quelle est la situation ?

Le Premier ministre Jean Castex a redit mardi son "inquiétude" sur le sujet. Le coup de frein de 2020, porté par la crise sanitaire et les élections municipales, a fait empirer une situation déjà peu satisfaisante. L'an passé, 390.000 logements ont été autorisés en France, soit 60.000 de moins qu'en 2019. Depuis le pic de 493.000 atteint en 2017, le nombre est loin de l'objectif politique brandi depuis le début des années 2010, soit 500.000 logements par an.

Les besoins sont la conséquence de la hausse de la population, mais aussi de celui du nombre de ménages, avec de plus en plus de personnes seules ou de familles monoparentales.

"Cela fait plusieurs années qu'on est en déficit de logements, et il n'a jamais été rattrapé", explique à l'AFP Vincent Ego, directeur général du promoteur Altarea.

Surtout, les besoins se sont concentrés dans des zones déjà denses, comme les métropoles, où trouver de la place pour de nouvelles constructions est plus difficile. C'est notamment dans ces endroits que la construction de logements a le plus baissé en 2020.

Est-ce la faute de l'Etat ?

Organisateur et moteur de la politique du logement, l'Etat a été la cible de nombreuses critiques. Les bailleurs sociaux reprochent notamment au gouvernement les prélèvements décidés dans le cadre de la réduction du loyer de solidarité. Le mécanisme, qui compense depuis 2018 pour les locataires de HLM la perte des APL par une baisse de loyer similaire, leur coûte 1,3 milliard d'euros en 2021.

Autre problème, le manque de terrains disponibles. "On a besoin d'une mobilisation de l'Etat sur le foncier. On peut récupérer des terrains facilement, mais l'Etat doit nous défendre pour avoir des terrains", a estimé mercredi Emmanuelle Cosse, présidente de l'Union sociale de l'Habitat. Les agréments de nouveaux logements "sont aussi une machine assez archaïque" juge-t-elle.

Les professionnels se plaignent également du nombre et de la variation des normes. "On change les règles du jeu trop souvent et trop vite. Cela désorganise tout le secteur", regrette Vincent Legendre, président du groupe familial éponyme.

Est-ce la faute des maires ?

Premiers maillons de la chaîne car délivrant les permis de construire, les maires sont au centre des critiques pour ne pas en accorder assez, notamment pour des logements sociaux. "Certains élus ne veulent pas construire plus de logements sur leur territoire", développe auprès de l'AFP Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts, qui assure que, sur le plan financier, "il n'y a pas de volume limité" pour des prêts aux bailleurs.

Les bailleurs sociaux ciblent régulièrement les maires qui ne respectent pas la loi SRU sur l'obligation de 20% à 25% de logements sociaux dans leur ville. "Des maires bandits", accuse même le président de la confédération nationale du logement, Eddie Jacquemart. Pour se défendre, l'Association des maires de France demandait la compensation des allègements de la taxe foncière, notamment pour les logements sociaux, qui faisaient de l'accueil de nouveaux habitants un coût.

Un appel entendu par Jean Castex puisque la prise en charge par l'Etat de l'exonération de la taxe foncière les dix premières années d'utilisation du logement social est la principale mesure annoncée mardi pour relancer la construction de logements.

Est-ce la faute des citoyens ?

"On est pénalisé par le nombre de recours contre les permis de construire qui encombrent les tribunaux administratifs", et peuvent rallonger les délais de validation du permis de plusieurs années, a estimé mardi Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, au congrès HLM.

L'enjeu de l'acceptabilité par la population des nouveaux logements a aussi été cité par de nombreux acteurs. "Quand on construit, on se met les électeurs à dos. Beaucoup de maires sont aussi élus sur la promesse de non-densification", constate Vincent Legendre.

https://twitter.com/DianeLacaze Diane Lacaze avec AFP Journaliste BFM Éco