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Quand les traders sont battus par les tradeuses

Les femmes gèrent mieux les risques, selon les études

Les femmes gèrent mieux les risques, selon les études - JM

Dans les métiers de la finance, les femmes sont sous-représentées. Néanmoins plusieurs études démontrent qu'elles n'ont pas grand-chose à envier à leurs congénères masculins.

C'est un plafond de verre qui se fêle à grande peine. La finance de marché reste encore une affaire d'hommes avant tout. En France selon l'Observatoire des métiers de la banque, en 2016, moins de 23% des opérateurs de marché (la traduction littérale en français de "trader") étaient des femmes alors que ces dernières représentent 57% des effectifs dans les banques.

Il ne s'agit pas d'un phénomène exclusif à la France. Selon le site spécialisé eFinancialCareers, les femmes ne représentaient ainsi au Royaume-Uni que 35% des effectifs dans la banque d'investissement dont 15% des traders.

La finance de marchés est donc un secteur où les femmes sont sous-représentées. Quand on regarde les stars de Wall Street on pense surtout à Warren Buffett, George Soros, John Paulson, David Tepper ou encore Steve Cohen. Même si certaines femmes ont également su émerger (Blythe Masters ou Abigail Johnson pour ne citer qu'elles), la Bourse reste en très grande partie une affaire d'hommes.

De bons résultats

Pourtant les études se sont multipliés pour démontrer que les performances financières n'avaient pas lieu d'être liées au sexe. La semaine dernière le Financial Times rapportait que les hedge funds (ces fonds spéculatifs qui utilisent des stratégies risquées pour réaliser des profits) gérés par les femmes aux États-Unis avaient, sur les sept premiers mois de l'année, généré un rendement 9,95% soit près de deux fois plus que la performance de l'ensemble de ces fonds (4,81%).

En mai dernier le fonds américain Fidelity (2.259 milliards de dollars d'actifs gérés) indiquait que les investisseurs féminins réussissaient en général un peu mieux que leurs collègues masculins avec un taux de rendement 0,4% plus élevé. "Cela peut paraître négligeable mais cette différence peut avoir un impact significatif sur la durée", écrivait le fonds.

Déjà en 2001 une étude réalisée par Terrance Odean et Brad Barber, tous deux chercheurs à l'University of California, et intitulée "Boys will be Boys" ("les garçons sont ainsi") avait montré, sur un panel d'environ 35.000 ménages passant des ordres via une société de courtage, que les hommes réussissaient un peu moins bien que les femmes. Dans leur étude, ils avaient ainsi réalisé un rendement annuel de 1,72% contre 2,65% pour les femmes. La raison? Une trop grande confiance en eux. Les hommes auraient trop souvent jugé qu'une nouvelle information leur permettait de dégager un profit sur le marché, là où les femmes auraient été plus prudentes. Conséquence: ils ont passé 45% d'ordres de plus, multipliant les frais de courtage et réduisant ainsi le rendement de leur action. Cette étude avait alors remporté plusieurs prix académiques.

Approche plus conservatrice

Est-ce à dire que les femmes font forcément mieux que les hommes? Évidemment non. Nicole Boyson, professeure associée à la Northeastern University of Boston indique ainsi au Financial Times qu'il n'y a pas de raison de penser qu'elles sont davantage faites pour la finance que les hommes. "Mais on peut clairement assurer qu'elles ne sont pas plus mauvaises", ajoute-t-elle.

Alice Labhouz, présidente et fondatrice de Trecento, voit de légères différences comportementales. "Dans mon expérience en tant qu'investisseur et gérant de fonds, les femmes ont une approche plus conservatrice. Elles vont peut-être plus chercher à avoir une gestion 'de bonne mère de famille' en étant plus sensible à la préservation du capital, et en jouant moins la volatilité", estime-t-elle.

"Les hommes aiment bien se mesurer à la performance et les femmes privilégieraient peut-être plus le couple rendement-risque. On a peut-être également tendance à être moins dévotes dans nos actes de gestion, à être plus facilement capable de revenir en arrière", ajoute la gérante. "Mais au final il s'agit de biais assez peu déterminants au regard des compétences. Ce qui compte c'est le travail et la passion", conclut-elle.

Pourquoi ne voit-on pas davantage de femmes en finance de marchés? "Je pense qu'il y a aussi beaucoup d'auto-censure des femmes elles-mêmes, qui peuvent avoir peur d'aller dans un secteur très masculinisé. C'est un peu le serpent qui se mord la queue", explique Alice Labhouz. Le sexisme joue-t-il? "C'est évidemment un milieu masculinisé et comme dans toute corporation masculine, on a tendance à avoir des habitudes et à être un peu déstabilisée par les femmes du métier. Mais ce n'est pas propre à la finance, on serait dans le BTP ce serait la même chose", répond-elle. Et Alice Labhouz d'ajouter: "Je suis chef d'entreprise et mes clients sont des investisseurs institutionnels. Oui ce sont tous des hommes mais ce sont des hommes qui m'ont fait confiance et qui collaborent avec moi".

Julien Marion