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Les rendements des fonds euros en assurance-vie ont encore plongé en 2020

Le taux de rémunération des fonds euros poursuit son repli, ce qui pousse de plus en plus d'épargnants à aller placer leur argent sur d'autres placements. Pourtant, en prenant en compte l'inflation, l'épargnant s'en sort un peu mieux qu'en 2019.

L'assurance-vie rapporte de moins en moins. Et personne n'échappe à la règle. Même l'Afer, première association française d'épargnants avec plus de 750.000 adhérents, a annoncé mercredi une baisse du taux de rémunération de son fonds en euros, de 1,85% à 1,70% pour l'année 2020. Ce taux, net de frais de gestion et brut de prélèvements sociaux et fiscaux, avait déjà baissé de 0,4 point en 2019 par rapport à 2018. Très attendu par le secteur, il fait généralement office de baromètre pour reste de la profession.

L'Afer est pourtant réputée pour disposer d'un fonds plus rémunérateur que la moyenne. Mais face à des taux d'intérêt obligataires toujours plus bas, la tendance est générale et les rendements des fonds en euros de l'assurance-vie ne cessent de reculer.

Vers un taux moyen de 1,08% pour 2020

Lundi, l'association Gaipare, qui compte quelque 55.000 adhérents, avait annoncé un taux de 1,90% contre 2,15% pour 2019. De manière générale, on observe une baisse des rendements d'environ 0,25 point, signale auprès de l'AFP Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Good value for money, qui s'attend à une moyenne à 1,08% pour 2020. En 2019, le taux moyen servi pour les fonds euros était encore de 1,5%, selon les données de la Fédération française de l'assurance (FFA). En dix ans, le plongeon est spectaculaire. Le rendement était en effet de 3,4% en 2010, toujours selon la FFA.

De nombreux assureurs parmi les plus importants du secteur n'ont pas encore dévoilé leur taux. Un retard qui s'explique, selon Cyrille Chartier-Kastler, par le télétravail mais également par une forme d'"attentisme" dans un contexte difficile. Le relativement bon rendement de l'Afer s'explique, selon lui, en partie par un "contexte politique", au moment où le groupe britannique Aviva veut se séparer de sa filiale française, qui gère les contrats de l'Afer.

Malgré la tendance générale à la baisse, plusieurs assureurs défendent le fonds en euros, dont la garantie du capital a fait l'un des supports d'investissements préférés des Français. "Les fonds en euros, au moins les fonds en euros de bonne qualité, ont à la fois un avenir et une place importante", juge ainsi Guillaume Rosenwald, directeur assurances biens et services du groupe MACSF. Ce dernier a servi un rendement de 1,55%, soit "la meilleure performance nette d'inflation de ces dernières années", a précisé Eric Dubos, le directeur financier.

Un rendement réel plus attractif grâce à la baisse de l'inflation

Avec la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, la hausse des prix à la consommation s'est élevée en moyenne à seulement 0,5% en 2020, contre 1,1% en 2019, de quoi redynamiser l'attrait de ce placement sécurisé. Autrement dit, le rendement réel après inflation était de près de 0,4% en 2019 et a légèrement grimpé à environ 0,6% en 2020.

Les fonds en euros, qui représentent encore les deux tiers des encours de l'assurance vie, ont longtemps offert des rendements beaucoup plus généreux. Cependant, la baisse des taux d'intérêt des obligations d'État, qui constituent une importante part des actifs de ces fonds, pèse de plus en plus sur leurs rendements.

Ces dernières années, des taux d'intérêt obligataires négatifs ont même été observés au sein de la zone euro. De plus, en adoptant des politiques monétaires ultra-accommodantes pour soutenir l'économie durant la crise sanitaire, les principales banques centrales ont accru la tendance. Dans ce contexte, de plus en plus de voix appellent à une évolution des fonds en euros.

Par le passé, "on pouvait avoir à la fois du rendement, une garantie du capital et une liquidité à tout moment. Aujourd'hui, avec des taux d'intérêt négatifs, c'est plus difficile d'avoir les trois", explique Guillaume Rosenwald.

La MACSF se penche sur la possibilité de diminuer la garantie du capital. Une fausse bonne idée pour Hélène N'Diaye, directrice générale de Maif Vie, car "les assurés ne viennent pas chercher de gros rendements" mais de la sécurité.

Des épargnants poussés vers les unités de compte

D'autres assureurs ont déjà restreint l'accès aux fonds en euros aux clients acceptant d'investir une part de leur épargne dans les unités de compte (sicav, actions, SCPI, etc.), plus rémunératrices mais également plus risquées et sans garantie sur le capital. Une stratégie qui divise aussi. Pour Gérard Bekerman, président de l'Afer, si la part d'investissement dans les unités de compte doit continuer à croître, cela doit se faire par la "pédagogie" et non par la "contrainte".

Avec 1.785 milliards d'euros d'encours à fin novembre, l'assurance-vie reste le produit d'épargne le plus populaire chez les Français, malgré une relative désaffection en 2020. Durant la crise, de nombreux Français ont en effet préféré les solutions d'épargne liquide et sécurisée, tel le Livret A, et les compagnies d'assurance ont vu le départ de 7,3 milliards d'euros sur les 11 premiers mois de l'année, un record. Au contraire, le Livret A a attiré deux fois plus d'argent en 2020 qu'en 2019 et la collecte nette (versements moins retraits) a atteint 26,4 milliards d'euros. Du jamais-vu depuis 2012. Il faut dire que le Livret A affiche désormais un rendement proche (0,5%) de l'assurance-vie, avec des intérêts qui, eux, sont exonérés de toute fiscalité et une épargne disponible à tout moment sans frais.

JLD avec AFP