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Les investisseurs pas assez vigilants vis-à-vis du réchauffement climatique

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Le dernier rapport du Principles for Responsible Investment (PRI) soutenu par les Nations unies souligne que les marchés financiers sous-estiment la réponse des gouvernements à l’urgence climatique.

Les investisseurs se voilent-ils la face au regard des risques que le réchauffement climatique fait peser sur les marchés financiers? À l'heure où se tient à New-York le sommet de l'ONU sur le climat, au cours duquel les dirigeants mondiaux sont appelés à réitérer et si possible accroître leurs engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les marchés financiers apparaissent exposés à d’importantes corrections, les investisseurs se reposant sur des prévisions sous-évaluant souvent l'impact du réchauffement climatique, selon le PRI.

Soutenu par les Nations unies, le PRI réunit pas moins de 2.600 signataires dont la plupart des grands investisseurs mondiaux tels que BlackRock, Wellington, le fonds de pension CalSTRS, Allianz, Aviva, ou encore le français Amundi. Collectivement, ces derniers gèrent 86.000 milliards de dollars d'actifs dans le monde.

Alors que jamais l'humanité n'en a autant rejeté dans l'atmosphère, le secrétaire général des Nations unies António Guterres espère que de nombreux leaders annonceront un renforcement de leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon les dernières projections de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), un certain nombre de prévisions gouvernementales et commerciales ne sont pas en phase avec les objectifs de l'accord de Paris de 2015. Ce dernier vise contenir l'élévation de la température de la planète nettement en dessous de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. La communauté scientifique considère qu'une augmentation de plus de 1,5 degrés Celsius de la température moyenne de la terre constituerait un point critique à partir duquel les impacts climatiques pourraient se multiplier.

Chronique d'importantes perturbations annoncées

Partant de ce constat, le PRI a publié une nouvelle prévision visant à "réinitialiser fondamentalement la gestion prévisionnelle des risques, la répartition stratégique des actifs et l'engagement des entreprises des investisseurs". Une prise de conscience urgente est en effet nécessaire alors que les bouleversements climatiques d’ici 2025 devraient entraîner une réponse brutale et inattendue des gouvernements.

"Nous prévoyons d'ici 2025 une réponse politique inéluctable, qui sera énergique, abrupte et désordonnée à cause du retard [pris précédemment pour contenir les émissions]", a ainsi annoncé Fiona Reynolds, la directrice générale du PRI, dans un communiqué. "Cela va créer des perturbations beaucoup plus importantes que ce que beaucoup d'investisseurs et d'entreprises préparent aujourd'hui."

Aux yeux du PRI, le scénario de l'Agence internationale de l'énergie -tablant sur un degré de réchauffement de 2,7 à 3,5 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels d'ici 2100 en l’absence de nouvelles mesures en matière de politique climatique- semble hautement improbable, ses conséquences pour l’activité humaine apparaissant tout simplement insupportables.

Il faut donc s’attendre à des mesures politiques fortes, susceptibles de bouleverser les projets d’investissements d’un grand nombre d’industries.

Parmi elles, les principales sociétés pétrolières et gazières du monde subissent déjà depuis plusieurs années une forte pression afin de s'adapter à la transition énergétique. Les investisseurs leur demandent de réduire de manière significative leurs émissions de carbone et d'investir davantage dans les énergies renouvelables.

Julie Cohen-Heurton