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La redoutable technique de l'AMF pour piéger les sites en ligne de trading

Pour l'AMF, ses visites mystère de site de trading spéculatif confirment les pratiques répréhensibles et les approches commerciales peu scrupuleuses de certains.

Pour l'AMF, ses visites mystère de site de trading spéculatif confirment les pratiques répréhensibles et les approches commerciales peu scrupuleuses de certains. - GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP Andrew Burton

Le gendarme de la Bourse a joué les apprentis traders sur des sites ciblés pour leur publicité tapageuse. Plongée édifiante dans une jungle de pratiques qui frisent l'arnaque!

Vous pensiez faire fortune en devenant trader d'un jour sur Internet ? Passez votre chemin: telle est la vive recommandation de l'Autorité des marchés financiers.

"Vous avez un certain nombre de publicités sur Internet qui sont extrêmement racoleuses et qui font miroiter des possibilités de gains faciles et souvent présentés sans aucun risque, alors que nous savons que cela ne correspond pas à la réalité" explique sur l'antenne de BFMBusiness, Nathalie Lemaire, directrice des relations avec les épargnants à l'AMF.

Entre harponnage commercial et promesse lénifiante de gain facile, le gendarme de la Bourse a mis au jour une jungle impitoyable.

Comment? En se faisant passer pour un client mystère de plusieurs sites Internet de trading spéculatif pour particuliers, faisant miroiter monts et merveilles au chaland. Cette activité spéculative porte principalement sur le marché des devises étrangères (Forex).

Cette expérience inédite a eu pour champ clos la visite de 29 sites internet de trading ciblés pour leur publicité racoleuse sur le marché français. Tout le parcours de l'apprenti trader a été effectué par l'AMF, via un prestataire mandaté à cette fin, depuis l'inscription jusqu'au retrait de fonds.

Le client mystère avait été doté d'un pécule à placer, 500 euros par site à contacter, mais il avait pour consigne de ne pas communiquer ses codes bancaires en ligne et de procéder uniquement par virement.

Sur les 9 sites testés, 8 ont un agrément chypriote

Première prise de contact et premier obstacle à franchir: l'ouverture de compte a pu se faire sur 9 sites dont l'AMF a gardé l'anonymat. Les autres sites n’ont pas souhaité ouvrir de compte, à la suite du refus de procéder uniquement par virement.

Sur les neuf sites, huit exercent leur activité de manière licite en France, en se prévalant d'un agrément obtenu à Chypre, membre de l'Union européenne. Un seul est donc illicite.

Mais, première surprise, sur ces 9 comptes ouverts, il a été possible de verser des fonds, sans aucune justification d'identité, dans 5 sites. Pire: pour trois d'entre eux, il a été possible de "trader" pendant 10 jours sans aucune vérification.

Des "formations" au trading qui s'apparentent à des leurres

Puis, le visiteur mystère ira de surprise en surprise lors de son parcours d'investisseur néophyte. Après avoir délibérément renseigné son profil de néophyte total en trading, les "formations" qui lui sont proposées sont, au mieux, des leurres agrémentés de propos lénifiants.

Voici un florilège du verbatim des échanges recueillis avec les "coachs" ou "formateurs" de ces sites de trading spéculatif : "C’est très facile à comprendre et à manier " ou "J'ai 20 ans d'expérience, je suis la directrice financière et j'ai 55 ans. J'appelle mes clients et leur donne des infos au cours de la journée" ou encore "Un taux de réussite de 100% n’existe pas, mais vous pouvez partir sur 3 trades gagnants sur 5".

Une fois "initié" sommairement dans le meilleur des cas, notre apprenti trader doit affronter des relances commerciales incessantes. Tout est fait pour flatter l'ego du client, l'inciter à dépenser plus, voire multiplier les incitations pour obtenir de lui ses coordonnées bancaires.

Récupérer sa mise initiale: le parcours du combattant

"Pour ne pas perdre mon temps et votre temps investissez-vite !" ou "Je distribue un bonus pouvant aller de 50% à 100% mais uniquement si vous communiquez vos coordonnées bancaires" : telles sont les perles entendues par l'AMF.

Les relances sont alors incessantes : sur un des comptes activés, pas moins de 11 SMS et 32 emails de relance ont été expédiés.

Au final, pour récupérer son argent, le client mystère a éprouvé les pires difficultés. Sur les 9 comptes ouverts, pour un montant total investi de 3.840 euros, une partie des fonds a été récupérée auprès de deux sites seulement.

"Les obstacles à la récupération des sommes non perdues sont nombreux : d’une part la marche à suivre indiquée sur les sites est souvent floue, et d’autre part, le retrait des fonds est conditionné à des critères minimaux (un montant de transactions à atteindre ou une durée d’activité par exemple). En outre, de nombreux sites déconseillent le retrait des fonds et incitent à une nouvelle mise ou à communiquer les numéros de carte bancaire", estime l'AMF.

Avez-vous encore envie de céder aux sirènes de ces sites qui, à force de pression publicitaire, pourraient encore vous séduire ?

Frédéric Bergé