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Les professionnels de l'immobilier s'alarment: les passoires thermiques beaucoup plus nombreuses que prévu

Les logements très énergivores, qui vont être progressivement interdits à la location, seraient bien plus nombreux que ce qui était anticipé avec la prise en compte du nouveau diagnostic de performance énergétique.

Les professionnels de l'immobilier ont alerté vendredi sur le nombre de logements classés comme énergivores, menacés d'une interdiction de location: il serait selon eux bien plus important que prévu par le gouvernement.

Avec le projet de loi climat, le gouvernement organise la chasse aux "passoires thermiques", ces logements énergivores classés F et G. Les logements dans la classe G devraient être interdits à la location en 2025 et les logements F en 2028.

Le 1er juillet, un nouveau Diagnostic de performance énergétique (DPE) a été mis en place: selon ses critères, le gouvernement estimait dans le parc locatif privé à un peu plus de 500.000 le nombre de logements classés G en France, et environ 900.000 les logements classés F.

"Les premières remontées laissent présager qu'au lieu d'avoir 500.000 [logements] G, nous devrions en avoir entre 800.000 et 1 million", a assuré auprès de l'AFP Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), qui dit se baser sur les données des administrateurs de biens.

Le président de la Fnaim ne s'est en revanche pas prononcé sur le nombre de logements classés F.

"En pratique, le nouveau DPE va révéler qu’il y a bien dans le parc de logements les 7 à 8 millions de logements très énergivores estimés par les études scientifiques jusqu’en septembre 2020", détaille néanmoins un communiqué commun de la Fnaim, l'UNPI (Union nationale des propriétaires immobiliers) et Plurience, une association de plusieurs grandes entreprises de la gestion et de la transaction immobilières. Il s'agit ici d'une estimation qui prend à la fois en compte les logements loués et ceux occupés par leurs propriétaires, que ce soit dans le parc social ou le parc privé.

Des données du ministère d'ici quelques semaines

De son côté, le ministère du Logement défend son nouveau DPE, "plus fiable et plus complet". Depuis juillet, le diagnostic énergétique des logements ne se base plus sur les factures d'énergie, mais sur les caractéristiques du bâtiment (qualité de l'isolation, type de fenêtres, système de chauffage...). Le ministère ajoute qu'il sera en mesure "d'ici quelques semaines de partager des données fiables" sur son impact réel.

"Voter le calendrier (de l'interdiction progressive de certains logements à la location, NDLR) sans connaître la réalité du parc, c'était jouer avec le logement des Français", ont dénoncé dans un communiqué commun la FNAIM, l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) et l'association Plurience.

"Cela signifie que d'ici 3 ans, on aura des centaines de milliers de logements indécents énergétiquement et si on ne peut pas les rénover, on ne pourra pas les relouer", détaille Jean-Marc Torrollion.

Les trois organismes spécialisés dans l'immobilier pointent ainsi un risque de désinvestissement dans les logements du parc locatif privé. Pour l'éviter, ils réclament un ajustement de la fiscalité, en doublant le plafond de déficit foncier imputable aux bailleurs pour les gros travaux d'économie d'énergie, et l'élargissement de la réduction d'impôt de la loi Denormandie aux maisons et appartements classés F et G. Au total, le gouvernement estime à 4,8 millions le nombre de "passoires thermiques" en France, dont un tiers occupés par des propriétaires à faibles revenus.

https://twitter.com/jl_delloro Jean-Louis Dell'Oro Rédacteur en chef adjoint BFM Éco