BFM Immo

Le BTP s'offusque de l'absence de plan de relance pour le bâtiment

Le bâtiment se sent oublié du nouveau budget

Le bâtiment se sent oublié du nouveau budget - Annawaldl - Pixabay

Dans son budget, le gouvernement a présenté différentes mesures pour le secteur de la construction mais pas de véritable de plan de relance. Attisant ainsi la colère des fédérations.

Un plan pour le tourisme, un plan pour l'automobile, un plan pour l'aviation... Et rien pour le bâtiment? Le secteur manifeste une vive déception à l'occasion du nouveau budget de crise, même si le gouvernement souligne qu'il profitera de multiples mesures. "Mais où est le bâtiment?", s'interrogeait la Fédération française du bâtiment (FFB), principale organisation du secteur, quelques heures après la présentation en Conseil des ministres d'un nouveau budget.

C'est le troisième depuis le début de la crise économique et sanitaire du coronavirus. Il vise à soutenir, à coups de dizaines de milliards d'euros, les secteurs économiques les plus violemment frappés. Il inclut donc de multiples plans annoncés ces derniers jours: 18 milliards pour le tourisme, 15 milliards pour l'aéronautique, 8 milliards pour l'automobile… Mais il compte très peu de mesures spécifiques au bâtiment, alors que beaucoup de chantiers se sont arrêtés au moment du confinement, entre mars et mai, faute de pouvoir immédiatement mettre en place des mesures sanitaires.

"Nous attendons toujours un plan de soutien significatif de la part du gouvernement", souligne Jacques Chanut, président de la FFB, cité dans son communiqué. "À défaut, je le répète, c'est une partie des 2 millions d'emplois du secteur sur tout le territoire qui se trouveront menacés à court terme". Ce n'est pas faute d'un vif lobbying du secteur. Lundi, encore, la FFB et la FNTP, une autre organisation plutôt centrée sur les travaux publics, publiaient une lettre ouverte au gouvernement, l'accusant de "tergiverser".

Des nouvelles mesures

Le gouvernement a pourtant ménagé le secteur en détaillant, dans un communiqué commun entre plusieurs ministères, toutes les nouvelles mesures susceptibles de profiter aux entreprises du bâtiment. L'exécutif rappelle ainsi qu'il prévoit une enveloppe d'un milliard d'euros pour les investissements des collectivités locales, une mesure par essence favorable aux travaux publics. Il va aussi permettre aux petites entreprises - moins de 50 employés - d'annuler plusieurs mois de charges, quand elles ont subi une chute de leurs revenus. Là encore, c'est une bonne nouvelle pour le bâtiment, un secteur fragmenté en nombreux petits acteurs.

Enfin, une annonce est vraiment spécifique au bâtiment. Elle concerne les "surcoûts", les frais supplémentaires et les manques à gagner liés aux mesures sanitaires imposées sur les chantiers. Depuis le début de la crise, les entreprises du bâtiment exigent de les partager avec leurs clients. "Le gouvernement a décidé de prendre des mesures pour aider les entreprises du BTP à compenser les surcoûts et à accélérer la reprise", annoncent les ministères. C'est essentiellement les clients publics qui seront mis à contribution. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a prié les organismes dépendant de l'Etat de négocier un partage des coûts.

Différence d'approche dans le temps

Mais, pour le secteur, ces mesures mises bout à bout ne font pas un plan de relance, et les fédérations les jugent toutes insuffisantes. Le partage des surcoûts? Les organismes dépendant de l'Etat ne constituent qu'une part minime des clients du bâtiment: 2% de leur chiffre d'affaires total, selon la FFB. Les annulations de charges pour les entreprises à l'arrêt, ou presque? Injustes pour celles qui ont fait l'effort de maintenir leurs chantiers, juge-t-elle. Le milliard destiné aux collectivités locales? Il "ne compensera pas les 9 milliards de baisse de recettes fiscales locales attendues avant la fin de l'année", renchérit la FNTP dans un communiqué.

Au total ces frictions traduisent une différence d'approche dans le temps. Le gouvernement promet bien un vaste soutien: investissement dans la rénovation énergétique, simplification des procédures... Mais il le réserve à son grand plan de relance économique, annoncé pour l'automne, quand le secteur voudrait tout de suite des mesures d'ampleur. "Le gouvernement s'entête à distinguer dans le temps reprise et relance, renvoyant le deuxième chantier en 2021 malgré les besoins immédiats pour éviter l'effondrement de l'activité dans les mois à venir", accuse la FNTP, mettant en garde sur une "deuxième vague de crise" dans la construction en fin d'année.

Avec AFP

D. L.