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Retraites complémentaires: un accord remis à plus tard

Les négociations pour tenter de sauver le régime des retraites complémentaires se poursuivront à la rentrée

Les négociations pour tenter de sauver le régime des retraites complémentaires se poursuivront à la rentrée - Philippe Huguen - AFP

Les partenaires sociaux se réunissaient ce lundi 22 juin pour tenter de trouver un accord afin de pérenniser l'avenir des retraites complémentaires. Mais en raison de positions trop divergentes, ils ont décidé de poursuivre les discussions.

Encore une fois il a été décidé de ne rien décider. Le patronat et les syndicats, qui se retrouvaient lundi 22 juin pour tenter de régler l'avenir financier des régimes de retraite complémentaire, ont fait le constat de "positions trop éloignées" pour parvenir à un accord et décidé de poursuivre la négociation à la rentrée. Il ont notamment évoqué un rendez-vous en octobre.

Invitées à discuter des nouvelles propositions du Medef pour renflouer les caisses des régimes Agirc (cadres) et Arrco (tous les salariés), les organisations syndicales (CGT, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC) ont toutes constaté des "positions trop éloignées" pour parvenir à un accord.

Le négociateur FO, Philippe Pihet, a évoqué à l'issue de la rencontre lundi une réunion plénière en octobre, après des bilatérales en juillet et septembre.

Blocage sur les cotisations

La semaine dernière, le président du Medef, Pierre Gattaz, avait lui-même laissé entendre que la négociation se poursuivrait à la rentrée, alors que la réunion de ce lundi était censée être la dernière d'une série qui a commencé en février.

Pour renflouer les caisses de l'Agirc-Arrco, le patronat propose, entre autres, des décotes temporaires et dégressives avant 65 ans ou une sous-indexation des pensions par rapport à l'inflation de 1,5 point. En tout, 6,9 milliards d'euros d'économies sont ainsi espérés à l'horizon 2020.

Problème: aucune augmentation des cotisations patronales n'est envisagée, alors que les syndicalistes réclament à l'unisson des "efforts partagés". Les représentants syndicaux ont fait état de trois principaux "éléments de blocage": l'absence d'augmentation des cotisations patronales, les abattements temporaires et dégressifs "trop élevés" proposés par le Medef avant 65 ans et, pour la CFE-CGC et la CGT, la fusion de l'Agirc-Arrco.

"Le principe de l'abattement est acceptable s'il est limité", a déclaré Jean-Louis Malys (CFDT), "mais le Medef est dans une logique punitive. Il veut empêcher les salariés de prendre leur retraite à l'âge auquel ils y ont droit".

Selon les propositions du Medef, à partir de 2019, un salarié arrêtant de travailler à 62 ans se verrait appliquer une décote de 30% la première année, de 20% la suivante et de 10% à 64 ans. Il bénéficierait d'une retraite à taux plein à 65 ans.

Le Medef 'n'a pas mis un euro'

Cette mesure devrait rapporter 1,8 milliard d'euros à l'horizon 2020. FO s'y oppose, la CFDT préfère une décote maximale de 10% et la CFTC de 5%. Quant aux Français, les deux tiers se disent opposés à un nouveau report de l'âge légal, même s'ils sont massivement inquiets (92%) pour l'avenir des retraites, selon un sondage publié lundi.

A l'appel de la CGT, environ 150 personnes se sont rassemblées à la mi-journée devant le siège du Medef.

"L'objectif est d'empêcher la signature" d'un accord sur la base du document du Medef, a déclaré Marie-José Kotlicki. De son côté Eric Aubin a dénoncé l'attitude du Medef qui "n'a pas mis un euro" pour le retour à l'équilibre.

Pour "appâter" la CFTC, le patronat a retiré de son projet la diminution des pensions de réversion versées aux veuves, (60% de la pension du défunt), tandis que l'âge minimum pour toucher ces pensions est abaissé à 55 ans pour l'Agirc, aligné sur celui de l'Arcco. Autre point de crispation: la fusion de l'Agirc et de l'Arrco en un régime unifié.

Plébiscité par le patronat et la CFDT, la mesure est un casus belli pour la CGT et la CFE-CGC, qui y voient la fin annoncée du statut des cadres. Le patronat propose la création d'un groupe de travail sur le sujet, mais la CFE-CGC, si elle se montre plus encline à en discuter, refuse de le faire dans le cadre de la négociation sur les retraites complémentaires.

Avec la crise économique, l'arrivée des papy boomers à la retraite et le chômage de masse, l'Agirc et l'Arrco ont vu leurs déficits respectifs se creuser à 1,985 milliard et 1,153 milliard l'année dernière.

Si rien n'est fait, leurs réserves seront épuisées d'ici à 2018 pour l'Agirc, à 2027 pour l'Arrco. Les pensions complémentaires représentent en moyenne la moitié de la pension des cadres, un quart pour les autres salariés, et sont versées à 12 millions de bénéficiaires.

J.M. avec AFP