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En 2021, les taux des crédits immobiliers resteront bas mais tout le monde ne pourra pas emprunter

Les prêts immobiliers restent un eldorado, mais il faut pouvoir y entrer

Les prêts immobiliers restent un eldorado, mais il faut pouvoir y entrer - Medhi Fedouach - AFP

Jean-Marc Vilon, directeur général de Crédit Logement, estime que "les taux de crédit vont rester bas". Mais les inégalités vont se creuser.

La crise économique du Covid-19 a beau être là, il est toujours possible d'emprunter à des conditions extrêmement favorables pour acheter son logement. Mais cette situation apparemment dorée risque d'entretenir des inégalités en profitant moins aux plus pauvres. "Les taux de crédit vont rester bas", a annoncé dans une vidéo Jean-Marc Vilon, directeur général de Crédit Logement, un organisme réunissant les grandes banques françaises. "En 2021, on profitera toujours de cet effet positif."

Depuis plusieurs années, les banques octroient des prêts immobiliers à des taux extrêmement bas, conséquence directe d'un interventionnisme sans précédent de la Banque centrale européenne (BCE). Une nouvelle fois, les taux sont restés très faibles l'an dernier. En décembre, leur niveau moyen s'est établi à 1,17%, selon un bilan commun de Crédit Logement et l'institut d'études de marché CSA.

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Des taux qui sont brièvement remontés

C'est à peu de choses près le plancher historique observé depuis la fin des années 2010. Pourtant, 2020 n'a pas été comme les autres, avec la pandémie de Covid-19 et une crise économique majeure qui aurait pu pousser les banques à durcir leurs conditions. Certes, les taux ont brièvement monté lors du déclenchement de la crise sanitaire au printemps et du premier confinement, mais ils sont vite retombés. De même, les durées moyennes des prêts ont retrouvé un niveau historiquement long, à plus de 19 ans.

La crise a néanmoins eu une conséquence concrète. L'activité du marché du logement a chuté et les banques ont octroyé beaucoup moins de prêts immobiliers (-18,1%) l'an dernier. Mais "il n'y a pas eu d'effondrement du marché, il y a eu un gros trou d'air et puis derrière on est reparti" à l'été malgré un nouveau ralentissement lors du reconfinement moins strict de la fin 2020, se félicite Jean-Marc Vilon. "Ca a permis de démontrer une fois de plus qu'il n'y a pas de symptôme de bulle, il n'y a pas de financement excessif, il n'y a pas de spéculation, il n'y a pas d'emballement généralisé sur le marché immobilier", assure-t-il, même s'il s'abstient d'un trop grand optimisme face à l'évolution encore très incertaine de la situation sanitaire.

Un marché sain, des conditions d'emprunt exceptionnellement favorables pour en profiter... Tout va-t-il pour le mieux ? Pas vraiment, car on est loin d'une situation où il suffirait de tendre la main aux banques pour acheter son logement. "Cette tendance bénéficie essentiellement aux bons profils, présentant (...) de bons revenus et un emploi stable en cette période de crise économique", prévenait mi-janvier dans une note Philippe Taboret, directeur général adjoint du courtier Cafpi.

Besoin de plus d'apport

Pourquoi? Avant la crise, les banques demandaient de moins en moins d'apport, c'est-à-dire une première somme versée par l'acheteur au moment de son emprunt. Cette année, la tendance s'est inversée, une prudence logique face aux incertitudes financières. La situation est donc beaucoup moins rose pour les plus pauvres, en particulier les plus jeunes qui n'ont pu encore mettre de l'argent de côté. "Le contexte actuel stoppe les ambitions immobilières de cette catégorie d'emprunteurs qui se retrouvent sans solution pour accéder à la propriété", souligne Philippe Taboret.

Un élément accentue encore ces difficultés. Depuis un an, les autorités financières ont restreint les conditions de crédit immobilier, même si elles ont un peu assoupli les règles fin 2020. Elles demandent aux banques de ne pas prêter sur plus de 27 ans. Les mensualités, elles, doivent éviter de dépasser 35% des revenus de l'emprunteur, bien que des dérogations soient possibles.

Ces règles visent à éviter une flambée des difficultés à rembourser les prêts immobiliers. Mais les restrictions pénalisent aussi l'accès au crédit pour les plus pauvres. Cela fait écho à des critiques de plus en plus marquées de la part de certains économistes quant aux politiques de la BCE. Ils estiment qu'elles ont eu pour effet de creuser les inégalités entre ceux qui disposent déjà d'un patrimoine et les autres. Cette politique "a une conséquence immédiate sur le prix des actifs", reconnaissait à l'automne son économiste en chef, Philip Lane, auprès du journal Les Echos. Or, "la valorisation des actions ou de l'immobilier est plus élevée, ce qui, bien sûr, bénéficie à ceux qui possèdent ces actifs."

Avec AFP

D. L.