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En multipliant les recours, un gérant de sociétés extorquait des promoteurs immobiliers à Marseille

Vue générale de Marseille avec à gauche la basilique Notre-Dame de la Garde, le 19 janver 2019

Vue générale de Marseille avec à gauche la basilique Notre-Dame de la Garde, le 19 janver 2019 - BORIS HORVAT © 2019 AFP

Gérard Haddad multipliait les recours contre les permis de construire. Quatre ans de prison et 45.000 euros d'amende ont été requis contre lui.

Quatre ans de prison dont deux ans assortis d'un sursis probatoire et une amende de 45.000 euros ont été requis contre Gérard Haddad, 53 ans, un gérant de sociétés jugé pour avoir extorqué pendant des années des promoteurs immobiliers à Marseille en multipliant les recours contre les permis de construire.

Vingt-trois grandes entreprises nationales telles Bouygues Immobilier ou Kaufman et Broad ou de petits promoteurs locaux ont ainsi été victimes, selon l'accusation, d'une extorsion ou d'une tentative d'extorsion de la part de Gérard Haddad et de son frère Albert, un médecin généraliste, décédé en juillet. Bon nombre des dizaines de recours intentés par les deux frères ou leurs sociétés contre des programmes immobiliers entre 2010 et 2015 avaient été écartés par le tribunal administratif et ont donné lieu à leur condamnation à une amende de 3.000 euros pour recours abusif.

Mais plusieurs entreprises avaient fait le choix de signer un protocole transactionnel avec les frères Haddad dans le cabinet de leurs avocats. Le juge d'instruction a ainsi recensé dix-neuf protocoles pour un montant supérieur à 2,2 millions d'euros. Durant l'enquête, des promoteurs avaient qualifié ces recours de crapuleux et disaient avoir la peur au ventre. "Plus jamais Marseille", avait ainsi témoigné l'un d'eux.

Un patrimoine immobilier de 7 millions d'euros

Devant le tribunal, Gérard Haddad s'est présenté comme un Robin des Bois en guerre contre la défiguration de Marseille par les opérations immobilières. "Vous avez vu ces constructions, elles sont moches et quand on construit du neuf, le prix de l'ancien diminue automatiquement", a-t-il lancé au tribunal. Gérard Haddad a présenté les sommes qu'il a encaissées personnellement ou pour sa société G Sport International, soit plus de 500.000 euros, comme "une compensation de la perte de valeur sur [ses] biens situés à proximité des projets attaqués". Le juge d'instruction avait estimé à plus de 7 millions d'euros le patrimoine immobilier de "la sphère Haddad".

Bien qu'un recours ne bloque pas un projet immobilier, les avocats des promoteurs, parties civiles, ont évoqué "la contrainte à laquelle étaient soumises les entreprises", les banques n'accordant de garanties financières d'achèvement ou de remboursement qu'une fois le permis de construire purgé de tout recours.

La procureure Emilie Almréro a souligné que leur "altruisme urbanistique cessait lorsque l'intérêt pécuniaire des deux frères se trouvait rassasié". "Il est troublant qu'on demande au tribunal de dire que l'arme d'un racketteur serait une requête déposée au tribunal administratif" a plaidé Me Pierre Ceccaldi insistant sur le fait que "Gérard Haddad avait le droit de penser qu'un projet de construction allait dévaloriser ses biens". Le jugement sera rendu le 26 octobre.

https://twitter.com/DianeLacaze Diane Lacaze avec AFP Journaliste BFM Éco