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Covid et télétravail: A quoi va ressembler 2021 pour l'immobilier de bureau?

L'année s'annonce dure pour l'univers des bureaux, plombé par la crise

L'année s'annonce dure pour l'univers des bureaux, plombé par la crise - Lionel Bonaventure - AFP

En 2020, le marché de l'immobilier de bureau s'est effondré. Cette année, si les nouvelles sont positives, l'activité pourra peut-être se libérer un peu en deuxième moitié d'année. Mais l'essor du télétravail pourrait avoir un impact à long terme.

Effondrement en 2020, marasme pour 2021. La crise du Covid plombe le marché des bureaux face à des entreprises qui ont d'autres soucis que déménager et, au-delà, un essor qui s'annonce durable pour le travail à distance. "Pour 2021, on ne va pas s'attendre à un retour à la normale", a résumé à l'AFP Virginie Houzé, du cabinet immobilier JLL, qui participe au bilan de référence sur le secteur, publié vendredi.

Pour l'heure, le marché des bureaux nouvellement loués s'est effondré en 2020, selon ce bilan dit Immostat, qui se concentre sur la région parisienne, soit le très gros du secteur français. La quantité de bureaux loués y a chuté de près de moitié (-45%) à 1,32 million de mètres carrés. Celle-ci correspond à ce qu'on appelle la demande placée de bureaux, qui mesure "l'ensemble des locations ou ventes à l'occupant (par opposition aux ventes à investisseur) portant sur des locaux à usage de bureaux, sans tenir compte des locaux éventuellement libérés dans le même temps". Résultat, le nombre de bureaux vacants a, lui, bondi de plus d'un tiers pour atteindre 6,8%.

Comme de nombreux secteurs économiques, l'immobilier a subi les effets de la crise, l'activité ayant notamment été bloquée au printemps par un strict confinement décrété contre la propagation du virus. Reste que la déprime des bureaux contraste avec la résistance du marché des logements, du moins anciens. Pour ces derniers, les visites avaient fortement rebondi à l'été, même s'il reste à évaluer pleinement les conséquences du reconfinement plus relâché de la fin 2020.

Les entreprises attendent de voir ce qu'il se passe

Par rapport aux logements, les bureaux font généralement l'objet d'opérations plus lourdes et leur attrait reflète plus directement la situation économique. "C'est un contexte qui est incertain et pousse les entreprises à attendre de voir ce qui se passer", admet Virginie Houzé, soulignant que la crise sanitaire est partie pour durer encore. Le Premier ministre, Jean Castex, évoque une sortie de crise d'ici à l'été, sur fond de critiques sur la lenteur de la vaccination en France et de la diffusion d'un variant beaucoup plus contagieux du virus, venu du Royaume-Uni.

Pour les bureaux, "on peut espérer que l'activité se libère un peu en deuxième moitié d'année si les nouvelles sont positives", avance Virginie Houzé. Seulement, le virus risque d'avoir des conséquences bien au-delà de cette prudence, finalement classique en période de crise économique avant que l'activité reprenne. Les confinements et, plus généralement, la situation sanitaire ont forcé les entreprises à faire travailler les employés à distance. "En France, on est un pays où, traditionnellement, on n'est pas grands supporters du télétravail, et le confinement du printemps a libéré les choses", observe Virginie Houzé. "Ça aura probablement un impact à long terme."

Une opération emblématique symbolise cette tendance. Pour son futur siège, commandé au promoteur Nexity, le géant de l'énergie Engie prévoyait un gigantesque ensemble de six bâtiments. Mais il a changé d'avis au dernier moment et les bâtiments ne seront que quatre. C'est, selon le groupe, la conséquence directe de la montée du télétravail: "ce redimensionnement est lié aux évolutions des modes de travail", a expliqué Engie en décembre à l'AFP.

Moins besoin d'espace?

Il n'y a, certes, guère d'observateurs pour prédire une généralisation massive du travail à distance, qui se traduirait par un effondrement du marché des bureaux. Mais nombre d'entreprises pourraient généraliser un ou deux jours de télétravail par semaine et, donc, avoir besoin d'un peu moins d'espace.

Face à ces incertitudes, le marché des bureaux n'a pas seulement subi une chute des locations l'an dernier. Il a aussi attiré beaucoup moins les investisseurs qui achètent ces espaces pour les louer ensuite. "L'incertitude liée aux nouveaux modes de travail, ainsi que le manque de perspectives économiques ont conduit à un certain attentisme des investisseurs", remarque dans un communiqué Nicolas Verdillon, expert chez CBRE, autre contributeur au bilan.

L'an dernier, 26,3 milliards d'euros ont été investis en immobilier d'entreprise - sur toute la France et non seulement la région parisienne -, soit un déclin de 36%. "A noter (...) cette année, le recul des investisseurs étrangers et particulièrement les investisseurs asiatiques", souligne dans un communiqué la filiale immobilière de BNP Paribas, membre d'Immostat.

Avec AFP

D. L.