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Qui peut encore bloquer le bitcoin?

VIDÉO - Le bitcoin a vu son cours multiplié par onze depuis le début de l'année. Un succès planétaire qui inquiète les autorités monétaires. Certaines banques centrales estiment que leur pouvoir commence à être remis en cause. Mais peuvent-elles stopper ce phénomène? Pas vraiment.

Depuis le début de l'année 2017, le bitcoin connaît une croissance exceptionnelle sur les plateformes d'échanges. À "seulement" 1000 dollars au mois de janvier, la plus célèbre des monnaies virtuelles a passé pour la première fois les 10.000 dollars mardi 28 novembre. Une ascension fulgurante qui ravit les spéculateurs et les visionnaires qui ont acheté des bitcoins en 2010 quand il valait alors moins de 1 dollar, mais qui inquiète en revanche les banques centrales du monde entier, garantes de la stabilité monétaire. À commencer par la Banque de France et son gouverneur François Villeroy de Galhau.

"Nous avons été amenés, nous Banque de France comme d’autres banques centrales, à émettre un avis de grande vigilance sur le Bitcoin, parce qu’il n’y a pas derrière d’institution publique qui inspire confiance. Dans l’histoire, tous les exemples de monnaie privée se sont mal terminés (...) Il n’est pas bon d’avoir une monnaie encore de petite taille à l’échelle mondiale mais qui échappe à la surveillance et qui échappe à la confiance publique. Ceux qui utilisent aujourd'hui le Bitcoin, très clairement, c’est à leurs risques et périls", avait-il indiqué lors d'une interview sur France 2.

En dehors des radars

Comme toute crypto-monnaie, ce moyen de paiement international échappe aux radars des banquiers centraux, qui n'ont donc aucun pouvoir de contrôle et de régulation. Et ce sont bien ces deux points qui les irritent. Car, si les banques commerciales assurent aujourd'hui l'essentiel de la création monétaire via le crédit, ce sont bien les banques centrales qui, en fixant un taux directeur, contrôle le processus de création monétaire et donc régule l'économie d'un pays ou d'une zone partageant la même monnaie. Dans le cas du bitcoin, aucun organisme central ne gère les échanges, ce sont les utilisateurs eux-mêmes, appelés mineurs, qui détiennent cette fonction de contrôle.

Mais à défaut de pouvoir superviser les crypto-monnaies, les régulateurs ont-ils la possibilité d'interdire le bitcoin? Oui, si l'on en croit Eric Pichet, professeur à Kedge spécialiste en macro-économie et en politique monétaire: "Quel type d’aiguilles pourrait faire éclater la bulle? Le premier serait le casse du siècle ou une effraction dans le système de blockchain qui entraînerait une inondation de faux bitcoins. Le second serait une prise de position commune de l’ensemble des États et des banques centrales qui décideraient d’interdire ce moyen de paiement au nom, par exemple, de la lutte contre la fraude."

Aucun intérêt à interdire le bitcoin

Dans une note datant de décembre 2013, la Banque de France évoquait déjà l'idée d'interdire la conversion des bitcoins en monnaie "légale". "Compte tenu du réseau actuellement encore limité des monnaies virtuelles et notamment du bitcoin, leur utilisation dans le cadre d’activités illicites ou de blanchiment et de financement du terrorisme n’offre d’intérêt que si elles peuvent être converties in fine en monnaie ayant cours légal. Or cette activité de conversion contre monnaie ayant cours légal offerte par les plates‑formes internet, comme bitcoin‑central, doit s’analyser –dans la mesure où il y a réception, virement et tenue de comptes de fonds concernant une monnaie ayant cours légal– comme un service de paiement nécessitant un agrément de prestataire de service de paiement."

Une hypothèse que n'imagine pas Greg Revenu, associé au cabinet Bryan Garnier. "Je n'en vois pas l'intérêt, ni la vertu que cela pourrait apporter à un État de restreindre ou d'interdire le bitcoin". Et puis, il n'est pas certain que les pays, s'ils le souhaitaient, aient "la capacité technique" pour arrêter les crypto-monnaies. "Et si la France décidait de manière unilatérale de l'interdire, cela n'aurait que très peu d'effet, l'essentiel des transactions étant effectuées en Asie et notamment en Corée où 4 milliards de dollars sont échangés chaque jour", explique encore Greg Revenu.

Christine Lagarde, directrice du Fond monétaire international (FMI), expliquait en septembre dernier "qu'il ne serait pas sage d'ignorer les monnaies virtuelles", en rappelant également que "les monnaies virtuelles comme le bitcoin ne remettent pas ou peu en cause l'ordre établi actuel des monnaies fiduciaires et des banques centrales". La dirigeante estime même que les crypto-monnaies pourraient être adoptés à la place d'une devise étrangère par des pays dont la monnaie nationale est instable et où les institutions sont faibles.

S'il semble difficile d'envisager que les devises digitales soient interdites dans un avenir proche, il se pourrait tout de même que ce marché soit mieux encadré. En ce sens, l'un des plus importants opérateurs boursiers au monde, CME Group, va ainsi proposer aux investisseurs, d'ici à la fin de l'année, de spéculer sur des produits dérivés indexés sur le bitcoin. Une acceptation de plus des investisseurs qui pourraient faire du bitcoin dans un avenir proche un actif comme les autres.