BFM Patrimoine

Quand la crise grecque offre une seconde vie au Bitcoin

La crise de la dette grecque a provoqué un bond des échanges de Bitcoin dans le pays, mais le phénomène est sensible sur l'ensemble des plates-formes d'échanges européennes

La crise de la dette grecque a provoqué un bond des échanges de Bitcoin dans le pays, mais le phénomène est sensible sur l'ensemble des plates-formes d'échanges européennes - Karen Bleier - AFP

Conséquence inattendue de la crise de la dette grecque, un très net regain d’intérêt pour le Bitcoin. La monnaie électronique était tombée un peu en arrière-plan depuis une vertigineuse vague de spéculation, et prend même des couleurs de valeur-refuge face aux incertitudes du moment.

Quelle monnaie devra-t-on utiliser en Grèce dans quelques semaines ou quelques mois ? Face aux incertitudes totales à ce niveau, et dans un contexte de contrôle des capitaux, où les banques sont fermées et les retraits désormais limités, les Grecs ont trouvé une solution : le Bitcoin.

Résultat la devise électronique grimpe de manière continue ces derniers jours, +7% environ depuis vendredi, et touche désormais les 250-260 dollars, un plus haut datant du mois de mars. Une première vraie impulsion marquée, la première depuis novembre 2013, où le cours du Bitcoin avait flambé du côté des 1.000 dollars, avant d’entamer une descente ininterrompue jusqu’à cette semaine.

L’envolée grecque du Bitcoin 

Les clients grecs se bousculent pour ouvrir des comptes pour échanger des Bitcoins ces dernières semaines. Le principal acteur du pays, BTCGreece, déclare avoir enregistré une hausse de 600% de ses nouveaux clients, avec une moyenne de 150 comptes ouverts par jour. Cela reste ténu d’un point de vue global, mais assez pour agiter un marché relativement peu liquide et extrêmement spéculatif.

Le mouvement a pris une telle ampleur en Grèce que BTCGreece a été obligé lui aussi de rationner ses clients, plafonnant à 250 dollars par jour et par compte les ordres d’achats de Bitcoins, contre 1.000 dollars auparavant ! Mais le courtier ne souhaite pas donner l’image d’un soutien actif à des fuites de capitaux…

Forte hausse dans toute l’Europe

Fait intéressant, c’est toute l’Europe qui, dans le sillage, semble vouloir emboîter le pas à la Grèce. Avec en filigrane la crainte de voir un premier pays de la zone euro devoir renoncer à la monnaie unique, et peut-être devoir adopter à nouveau son ancienne devise, la Drachme. Si on regarde au niveau européen, on a des taux de progression très significatifs des achats de Bitcoins sur l’ensemble des plates-formes du continent, +300% selon le courtier Coinbase.

Et pour ce dernier, la période est tellement propice qu’il a même décidé d’abaisser ses frais de courtage pour tenter d’intensifier la demande, quitte à rogner un peu sur ses marges.

Nouvelle valeur-refuge?

Du coup, même si le marché est très spéculatif et pauvre en volumes, on a l’impression que le Bitcoin est en train de devenir une forme de valeur refuge au milieu de ces craintes de voir un pays qui risque tout simplement de devoir changer prochainement de monnaie.

Et face à cela, on a des marchés, certes incités à prendre de plus en plus de risques, mais aussi parallèlement à chercher et trouver des valeurs sûres un minimum rémunératrices.

Le Bitcoin contre l’or !

Sortis du marché obligataire, avec des rendements très faibles, et le Franc Suisse, actuellement au cœur de problématiques annexes, peu de solutions de repli en matière de valeurs refuge. Même l’or a perdu de son attrait. Face aux fortes progressions du Bitcoin, on a une once d’or fin qui ne fait pas grand-chose, +0,1% si on se base sur les principaux ETF, instruments financiers, indexés sur les cours du métal précieux.

Alors certes, on est sur 2 actifs radicalement différents, d’un côté une monnaie virtuelle très spéculative utilisée par des particuliers, de l’autre un métal précieux quantifiable et véritable instrument monétaire, plus utilisé par la très haute finance et les banques centrales.

Le Bitcoin relancé pour de bon ?

On est pas sur la même taille de marché non plus, pour donner une idée, la capitalisation totale du marché mondial de l’or est évaluée à 2.000 milliards de dollars à travers le monde, contre à peine 4 milliards de Bitcoins échangeables sur l’ensemble des plates-formes qui lui sont consacrées.

Mais sur ce dossier comme sur les marchés, c’est plus la tendance et le mouvement qui comptent que le nombre de points ou les montants. Et dans ce contexte de crise grecque, doublé d’un relativisme monétaire et de fluctuations de monnaie, entretenus par les politiques très accommodantes des banques centrales à travers le monde, l’attrait d’une monnaie virtuelle et facilement échangeable revient en force.

Peut-être de quoi espérer relancer le marché du Bitcoin, et renforcer son rôle pour en faire, pourquoi pas, un instrument de couverture fiable à l’avenir.

>> Retrouvez les cours du Bitcoin face aux autres devises sur le site Forex de BFM en cliquant ici.

Antoine Larigaudrie