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Obligataire: Nestlé emprunte à taux négatifs

Il faudra s’y faire, prêter à Nestlé va vous coûter de l’argent !

Il faudra s’y faire, prêter à Nestlé va vous coûter de l’argent ! - Fabrice Cofrini - AFP

Une grande première dans l’histoire du géant suisse de l’agro-alimentaire, le taux de ses emprunts à 4 ans est passé en dessous de zéro hier, à -0,008%. Conséquences des désordres monétaires du moment et signe de confiance majeur pour le groupe.

Il faudra s’y faire, prêter à Nestlé va vous coûter de l’argent ! Certes, sur le marché de l’obligataire d’entreprise, le marché où s’échangent les titres de dette que les grandes sociétés émettent pour se financer, les taux des emprunts proposés par Nestlé n’ont jamais figuré parmi les plus élevés, vu la taille énorme du groupe, sa solidité financière (le groupe a perdu son AAA des agences de notation, mais reste parmi les plus solides des AA) et sa renommée. Prêter au géant suisse n’a jamais représenté un grand risque, ce qui se traduit par des rendements pas forcément très élevés.

Malgré tout, les taux pratiqués sur le marché de la dette d’entreprise sont mécaniquement un peu plus élevés que ceux des états souverains, ce qui les rend attractifs car plus rémunérateurs, et paradoxalement moins risqués, depuis la prise en compte des risques de désordre monétaire et de grande volatilité sur les dettes d’état depuis les débuts de la crise grecque.

La Suisse, pays des taux négatifs?

Mais dans ce contexte de taux planchers et de politiques proactives des banques centrales mondiales, les obligations privées suivent un peu le mouvement. Pour deux raisons, premièrement parce que mécaniquement une obligation d’entreprise est forcément liée mécaniquement à l’orientation des taux du pays où elle réside, et deuxièmement parce que quand les taux des dettes d’état baissent, on se replie sur la dette d’entreprise, certes généralement un peu plus rémunératrice. Mais ce faisant, on en fait baisser le rendement !

Et autant dire que ces mécanismes sont à l’œuvre en Suisse, où la décision brutale de la Banque Nationale de laisser flotter librement le Franc par rapport à l’euro le mois dernier, a provoqué des ajustements très violents, depuis 2 ou 3 semaines le taux à 10 ans suisse est négatif. 

Nestlé, Etat dans l’Etat !

Donc dans le sillage, il était logique qu’une des plus belles signatures industrielles du pays suive le mouvement. Plus étonnant évidemment étant la maturité de cette dette, plus courte à 4 ans.

Signe de confiance majeur, on va donc devoir payer pour acheter de la dette Nestlé ! Le groupe se hisse au niveau d’un état souverain au vu de ce mouvement de marché sans précédent, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la réflexion autour de la problématique du financement d’entreprise sur les marchés… cette situation singulière provoquera sans doute de nouveaux types d’arbitrages.

Antoine Larigaudrie