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"Moins de 3% de l'argent du capital risque est destiné à des femmes", dénonce Céline Lazorthes (Leetchi)

La fondatrice du célèbre site de cagnottes en ligne a lancé l'initiative Sista pour inciter les investisseurs à faire confiance aux créatrices d'entreprises. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui en France selon elle.

Trop peu de femmes sont dirigeantes d'entreprises, trop peu de femmes ont accès au financement pour lancer leur activité. Le constat est connu pourtant les choses peinent à bouger.

Mais les initiatives se multiplient. D'un côté, Marlène Schiappa, la ministre pour l'Egalité Femme/Homme entend mettre en place des quotas pour obliger les entreprises du CAC 40 à atteindre la parité dans les comités exécutifs et de direction.

De l'autre, certaines entrepreneuses ont décidé de secouer le cocotier. C'est le cas de Céline Lazorthes, fondatrice du site Leetchi (cagnottes en ligne) et membre du conseil d'administration de la SNCF qui a lancé, il y a six mois l'initiative Sista. Objectif, donner aux femmes entrepreneuses les moyens de se lancer.

Le capital risque: "88% d'hommes, entre hommes avec des hommes"

Cela passe d'abord par un constat qui n'est pas fameux. "Il faut compter les femmes pour que les femmes comptent", lance-t-elle sur BFM Business. Résultat, seulement "moins de 3% de l'argent du capital risque est destiné à des femmes", se désole-t-elle. "Et si on cumule femmes et équipes mixtes, on est à moins de 12%. Donc en gros 88% d'hommes, entre hommes avec des hommes et je me suis dit, en fait, c'est impossible. On s'est dit : il faut qu'on fasse quelque chose". 

Et selon une étude de l'EBG, au rythme actuel, il faudrait attendre 2090 pour atteindre la parité dans la création d'entreprise. 

"Notre conviction, c'est qu'il n'y pas de gêne de l'entreprenariat et il faut voir l'émergence de leaders diversifiés parce que sinon on deviendra des clones des uns les autres, il y aura une absence de services et de produits inventés. Et puis la société, elle est diverse donc pourquoi les leaders ne sont pas diversifiés?", s'interroge Céline Lazorthes.

"Un homme est plus enclin à financer un homme"

Et d'ajouter: "les femmes ont une façon différente d'entreprendre et elle n'est pas moins ambitieuse, il n'y a aucune raison qu'il n'y ait aucune femme dirigeante du CAC 40, (...) je pense qu'il faut ouvrir et l'accès au capital est le levier le plus important (...) si on veut créer un leader national et international il faut du cash, l'argent est le levier le plus rapide".

Reste que certains gestionnaires de fonds soulignent que les projets d'entreprises de femmes qui leur sont soumis sont en fait peu nombreux. "Je pense qu'évidemment il y a moins de femmes qui entreprennent que les hommes. Je ne veux pas de quotas, ce que je veux c'est que les femmes, si elles montent une boîte et qu'elles veulent lever de l'argent, elles puissent. Or aujourd'hui, il y a des freins". Et de dénoncer notamment "la communication masculine" des fonds, "des équipes d'investissement qui ne sont que masculines. "On le sait, il y a aujourd'hui plus de 86% des financeurs qui sont des hommes et la nature humaine fait qu'on fonctionne par similitudes. Donc un homme est plus enclin à financer un homme".

Cela commence donc aussi par une féminisation des équipes des fonds. Ainsi, la charte Sista signée par plus de 80% des fonds d'investissements français propose qu'ils s'engagent à avoir au moins 25% d'équipes féminines ou mixtes à 2025 et notamment des 'partners' femmes "qui décident de l'investissement". Reste donc plus qu'à passer aux actes.

Olivier Chicheportiche