BFM Patrimoine

La Commerzbank préfère laisser son cash dormir dans ses coffres

Pour ne pas avoir à payer de pénalités en déposant son cash à la BCE, la Commerzbank réfléchit désormais à la possibilité de garder l'argent dans ses propres réserves.

Pour ne pas avoir à payer de pénalités en déposant son cash à la BCE, la Commerzbank réfléchit désormais à la possibilité de garder l'argent dans ses propres réserves. - John Mac Dougall - AFP

"Signal fort envoyé par la Commerzbank: face à la politique de taux de dépôts négatifs de la BCE, la banque allemande réfléchit à laisser son cash dormir dans ses propres caisses. Une hypothèse d’autant plus étonnante que l’État Allemand en est actionnaire."

Devoir payer pour laisser l’argent dormir… C’est ce que demande depuis quelques mois la BCE. Pour stimuler l’activité de crédit et faire mieux circuler l’argent au sein du secteur bancaire, la Banque Centrale demande une prime de 0,4% aux banques, quand elles déposent leur cash sur ses comptes de dépôt.

Un cas de figure exceptionnel qui explique bien la logique de taux négatifs: décourager ceux qui veulent laisser leur cash immobile, et les encourager à prêter, et créer ainsi de l’inflation. Une logique qui, combinée à un niveau plancher des taux de marché, pèse de plus en plus lourd sur l’activité des banques.

Grogne en Allemagne 

Et Commerzbank est la première à réfléchir à une forme de riposte: laisser son cash dans ses propres coffres. Ainsi, quitte à laisser dormir son cash, autant être sûr de ne pas y perdre, et d’avoir un rendement de 0% garanti!

Même si pour l’instant l’initiative tient de l’hypothèse de travail, ces déclarations sont d’autant plus importantes que la Commerzbank est détenue à 15% par l’État Allemand, opposé depuis le début à cette politique de taux négatifs.

"Problèmes extraordinaires"

Car cet environnement de taux créé par la BCE génère "des problèmes extraordinaires pour les banques et leur activité, mais aussi pour les retraités du pays, dont l’épargne est désormais assortie d’un rendement quasi-nul" a déclaré il y a deux mois Wolfgang Schäuble, le Ministre allemand des Finances.

Un phénomène qui a créé notamment une forme de bulle sur l’immobilier allemand, les épargnants cherchant des solutions plus rentables pour faire fructifier leur capital.

Difficultés du secteur bancaire

La déclaration de Commerzbank sonne donc comme un nouvel avertissement du camp allemand, qui, par le biais du monde bancaire, illustre les difficultés actuelles du secteur à faire son métier et son profit dans cet environnement complexe et difficile.

Et il y a fort à parier que si l’initiative se matérialise, d’autres banques d’Allemagne et mêmes d’autres pays de la Zone euro auront la même idée, tant elles sont confrontées aux mêmes difficultés.

Dangereuse "Supernova" 

Le tout dans un environnement de taux planchers et négatifs qui devient intenable de manière plus générale pour l’ensemble de l’industrie financière. La politique de la BCE maintenant l’ensemble des taux sous très forte pression, pour des résultats qui restent encore pour le moment très mitigés.

L’ex-patron du fonds PIMCO, Bill Gross, parle de ce contexte comme d’une "Supernova" potentielle, qui "explosera à la figure des marchés un jour ou l’autre". À l’heure actuelle, 10.000 milliards de dollars d’actifs à travers le monde sont assortis de taux négatifs.

Antoine Larigaudrie