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La Bourse saoudienne dirigée, pour la première fois, par une femme

La Bourse de Riyad s'ouvre aux investisseurs étrangers

La Bourse de Riyad s'ouvre aux investisseurs étrangers - Fayez Nureldine - AFP

La directrice générale de NBC Capital, Sarah Al Suhaimi va devenir la première femme à la tête de la Bourse de Riyad. Ce qui marquera le point d'orgue d'une carrière déjà incroyablement riche dans un pays où les droits de femmes sont limités.

Dire que les femmes qui font carrière en Arabie saoudite sont peu nombreuses relève de l'euphémisme. En 2013, selon l'ONU, une Saoudienne sur cinq seulement était présente sur le marché du travail (contre plus de 6 sur 10 en France).

Cela rend d'autant plus remarquable la trajectoire de Sarah Al Suhaimi. Cette spécialiste de la finance va devenir la première femme à prendre la tête de la Bourse saoudienne, qui pèse pour 439 milliards de dollars. Le Tadawul (la Bourse de Riyad) a en effet annoncé jeudi qu'elle succéderait à Khalid Al Rabiah.

"Une étoile montante"

Selon Bloomberg, Sarah Al Suhaimi devrait également conserver son titre de directrice générale de NCB Capital, la plus grande banque d'investissement du pays avec 12 milliards de dollars d'actifs gérés. Quand elle avait pris la tête de ce fonds, en 2014, Sarah Al Suhaimi était déjà la première femme du pays à diriger une grande banque d'investissement.

Elle avait préalablement occupé le poste de chef investment officer (CIO) au sein de la société Jadwa investments, de 2007 à 2014. Auparavant, elle avait fait ses armes chez Samba Financial Group, une grande banque saoudienne, où elle était entrée en 2002. Sarah Al Suhami avait obtenu une licence en comptabilité à l'Université du Roi Saoud, à Riyad. Elle a également fait un passage par Harvard, en 2015.

Cette grande figure de la finance saoudienne est en fait issue du sérail, puisque son père, Jammaz, a dirigé la CMA (Capital Market Authority), le gendarme saoudien de la finance, de 2004 à 2006. Une autorité que Sarah Al Suhaimi a d'ailleurs rejoint, en tant que conseillère, de 2013 à 2015. Pour autant, elle n'a pas vraiment eu besoin de son père pour se faire un nom dans le milieu de la finance. "Elle est clairement considérée comme une étoile montante", affirmait ainsi à Reuters en 2014 un financier qui a travaillé avec elle.

Ouverture internationale

La nomination de Sarah Al Suhaimi a de quoi surprendre dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de conduire, et ne peuvent voyager ni travailler sans l'accord de leur père (ou de leur mari, voire parfois de leur frère ou de leur fils). Cette tutelle masculine fait que, comme le soulignait l'ONG Human Rights Watch, la vie des Saoudiennes est contrôlée par un homme de leur mort à leur naissance.

Mais l'Arabie saoudite commence (timidement) accorder plus de considération aux femmes, comprenant que la manoeuvre serait source de nouvelles opportunités économiques. Fin 2015, les femmes se sont ainsi présentées pour la première fois à une élection, en l'occurrence des élections municipales. 21 ont ainsi été élues. Le gouvernement tente par ailleurs d'améliorer l'éducation offerte aux filles, en leur permettant notamment d'étudier à l'étranger, via des bourses. L'exécutif compte ainsi faire en sorte que d'ici quelques années, 30% des femmes occupent un poste dans le privé ou le public.

En ce sens, Bloomberg souligne que la nomination de Sarah Al Suhaimi peut aussi être un signal envoyé aux marchés alors que le Tadawul s'est ouvert aux investisseurs internationaux en 2015. Une des nombreuses mesures contenues dans le vaste plan de réformes économiques, annoncé en avril 2016, qui vise à rendre l'Arabie Saoudite moins dépendante de la manne pétrolière.

Julien Marion