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FED: Janet Yellen ou l’art de l’entre-deux

Janet Yellen, présidente de la Réserve Fédérale américaine, devant la Commission Bancaire du Sénat.

Janet Yellen, présidente de la Réserve Fédérale américaine, devant la Commission Bancaire du Sénat. - Alex Wong - Getty Images North America / AFP

"Janet Yellen ouvre la voie à une hausse de taux", "Janet Yellen se donne le temps de la réflexion"… rarement les propos de la Présidente de la Réserve Fédérale n’auront été interprétés de manière aussi divergente par les observateurs. Mais les marchés actions en tout cas s’en accomodent et apprécient.

La femme la plus puissante du monde se donne tout le temps et toute la marge de manœuvre possible avant de prendre la décision la plus importante du monde. C’est ce qui ressort du témoignage de la Présidente de la FED hier devant la Commission Bancaire du Sénat américain.

Certes l’économie américaine repart vitesse grand V, le marché de l’emploi notamment, la croissance américaine est en mesure d’améliorer la situation par elle-même dit-elle… Même si Janet Yellen aimerait voir l’inflation salariale se manifester un peu plus vigoureusement. Les premiers signaux sont encourageants mais elle souhaiterait que les salaires augmentent un peu plus vite.

Question de mots

Donc largement de quoi fournir des arguments à un relèvement des taux américains, toujours au plus bas historique. Janet Yellen qui pointe elle-même dans son discours les éventuels problèmes que pourrait provoquer un retard dans ce processus de normalisation monétaire, et des déséquilibres que cela pourrait causer. 

Reste que, dans le discours des banquiers centraux, il est toujours question de mots. On se souvient de "Période considérable", l’expression de l’ère Bernanke, pour parler de la capacité de la FED a soutenir l’économie américaine sur le long terme. L’expression est apparue un nombre incalculable de fois dans les discours officiels.

De "patience" à "unlikely"

A suivi le mot "patience", évoqué régulièrement par Janet Yellen. Certes, l’économie américaine s’améliore au point de redevenir une vraie locomotive mondiale, et pour "coller" au contexte d’inflation et de croissance, la FED doit remonter ses taux d’intérêt. Mais pas sans au préalable un examen très régulier et approfondi des statistiques et des conséquences du processus.

La FED peut donc se montrer patiente. Mais le marché attendait hier un calendrier précis, pour pouvoir anticiper les décisions à prendre et orienter les investissements. Mais rien n’est venu… juste le mot "unlikely".

Examen économique approfondi

Janet Yellen a expliqué qu’une décision de relever les taux était évidemment à l’étude, mais qu’il y’avait donc " fort peu de chances" (traduction littérale d’unlikely) qu’elle soit prise lors des toutes prochaines réunions de la FED. Techniquement, cela veut dire que ce sera sans doute après le printemps, évoqué dans un premier temps.

Le consensus des économistes prévoit désormais que l’enclenchement du processus devrait intervenir entre juin et septembre. Mais pour cela la FED va encore passer à la moulinette les statistiques et les indicateurs de l’économie réelle.

Effets secondaires néfastes

Et au vu des incertitudes qui pèsent sur la zone Euro, sur l’effet d’un renforcement du dollar au niveau mondial, sur les bénéfices et les capacités d’investissements des entreprises américaines, la FED va donc… continuer à prendre tout son temps. Certains audacieux émettent l’hypothèse qu’aucune décision sur les taux ne sera prise cette année.

Reste que Janet Yellen peut légitimement s’inquiéter des déséquilibres induits par la politique monétaire très (ou trop ?) accommodante de la FED, et notamment les risques de bulles spéculatives…

Le marché vote Janet !

Chiffre amusant, depuis le début de son mandant il y a un peu plus d’un an, Janet Yellen a fait gagner 21% au S&P 500 (l’indice large de la Bourse de New York). Ben Bernanke son prédécesseur, sur la même période, n’aura "fait" que 12% !

Un argument de "surchauffe de marchés" qui devrait à la fois inquiéter la FED, et tout aussi bien la conforter sur sa stratégie. Et ce dilemme, ce sera à Janet Yellen de le résoudre…

Antoine Larigaudrie