Lavrilleux sur l'affaire Bygmalion: "Il y a eu un dérapage"

Le directeur de cabinet de Jean-François Copé était aussi directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. En pleine tempête après les accusations de la société Bygmalion, Jérôme Lavrilleux a livré lundi soir sa vérité, visiblement très ému.

Sandrine Cochard et S. A.
Le 26/05/2014 à 20:07
Mis à jour le 26/05/2014 à 22:36

La gorge serrée, souvent au bord des larmes, Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé à l'UMP, a lutté durant les vingt-quatre minutes qu'a duré son interview sur BFMTV pour donner sa version dans l'affaire Bygmalion, une bombe qui a explosé lundi soir au visage de l'UMP. Retour sur un incroyable numéro de mise à nu.

# La bombe Bygmalion

Invité dimanche soir par Ruth Elkrief pour réagir aux Européennes sur le plateau de BFMTV lundi soir, Jérôme Lavrilleux a finalement été rattrapé par une autre affaire, celle des fausses factures de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, dont il était le directeur de campagne adjoint en 2012. Un peu plus tôt, à 17h, un point presse de Me Patrick Maisonneuve, avocat de Bygmalion, a précipité les choses. Dans un ultime rebondissement, la société, accuse l'UMP d'être à l'origine de ces fausses factures. Une version contredite dans la soirée par Philippe Briand, l'ancien trésorier de Nicolas Sarkozy.

# Sur BFMTV, Lavrilleux reconnaît "un dérapage"

Deux heures plus tard, Jérôme Lavrilleux donne sa version, raide sur sa chaise et le regard parfois flou. A la place de la contre-attaque attendue, la confession d'un homme acculé qui révèle les coulisses d'une politique de combines. "Il y a eu des factures présentées à l'UMP qui correspondaient à des dépenses faites pour la campagne" de Nicolas Sarkozy, reconnaît Jérôme Lavrilleux, "un dérapage" selon lui, mais conteste toute volonté de détournement.

Du bout des lèvres, il admet "environ 11 millions d'euros de dépenses liées à la campagne ventilées sur d'autres opérations". Mais "il n'y a eu aucune malversation, aucun paiement en liquide, a-t-il assuré. Il n'y pas eu d'enrichissement personnel". "Ce n'est pas une affaire de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy", répond-il à Me Maisonneuve qui soutenait le contraire.

# Un "engrenage" impossible à arrêter selon Lavrilleux

"Il s'agit de dépenses qui ont explosées", plaide Jérôme Lavrilleux, invoquant "un engrenage" impossible à arrêter. "L'engrenage irrésistible d'un train qui file à grande vitesse et où les personnes qui devaient tirer sur le signale d'alarme ne l'ont pas fait", selon ses propres mots.

"Pendant la campagne, on me demande d'organiser des meetings et nous terminons la campagne avec plus de quarante meetings. Tout ceci a coûté de l'argent que ne permettaient pas d'absorber les comptes de campagne. Mais toutes les prestations facturées ont été réelles. [...] Une partie a été mise sur les comptes de campagne. L'autre partie a été absorbée par l'UMP", poursuit-il, livide, reconnaissant ainsi le système de fausses factures qui plonge aujourd'hui l'UMP et Jean-François Copé, son président, dans la tempête.

Dans ce grand déballage politico-médiatique, reste une inconnue: qui est responsable de ce système rôdé qui explose, deux ans après la campagne de Nicolas Sarkozy? Et quels rôles ont justement joué l'ancien président de la République et l'actuel président de l'UMP, Jean-François Copé?

# Lavrilleux défend Copé et Sarkozy

Mais à la distribution des coups de bâtons, Jérôme Lavrilleux préfère l'autoflagellation. "Je pense que dans la vie, il faut assumer les choses. Je prends ma part de responsabilité, mais quand vous êtes pris dans un engrenage comme celui-là... J'ai commis l'erreur de ne pas savoir dire stop." Pourquoi ne pas avoir démissionner alors? "C'est une lourde responsabilité de faire cela, vous arrêtiez net une campagne électorale. Je n'ai pas eu le courage", a-t-il confié.

Le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 n'est pourtant pas seul à décider. Et à se taire. "J'ai fait part, à plusieurs personnes, de mon sentiment que l'on aurait du mal à boucler tout ça (les factures des meetings). Je précise que je n'en ai pas fait part à Nicolas Sarkozy ou à Jean-François Copé. Je n'étais pas le directeur de campagne, mais je ne me défausse sur personne, moi, insiste celui qui a été élu eurodéputé pas plus tard que dimanche. Je ne suis là pour charger personne".

Puis Jérôme Lavrilleux assure que ni Jean-François Copé, ni Bastien Millot (fondateur de Bygmalion) n'étaient au courant de ces agissements.

# Les larmes de Jérôme Lavrilleux

Enfin, Jérôme Lavrilleux assure sur BFMTV qu'il ne ferait pas jouer son immunité d'eurodéputé tout juste élu, et qu'il se tiendrait à la disposition de la justice. Lucide sur son avenir politique résolument assombri par cette affaire, Jérôme Lavrilleux a paru bien fébrile à l'évocation de son futur. Alors qu'on lui demandait ce que l'on pouvait lui souhaiter "pour demain", il a simplement répondu: "j'aimerais bien pouvoir dormir", dans une séquence dans laquelle il a évoqué sa vie personnelle et son père et où il n'a pu retenir ses larmes.

"Je n'ai jamais fait ça pour me mettre du fric dans la poche. (...) Je me suis engagé à fond", lache dans un souffle rauque celui qui s'est "engagé au RPR en 1989", avant de s'excuser de l'image "un peu pathétique" qu'il renvoyait ce lundi soir.

# Lavrilleux, un fusible selon Olivier Faure

Interrogé sur BFMTV après la "confession" de Jérôme Lavrilleux, le député PS Olivier Faure a salué "le courage d'un soldat aux épaules bien larges, ce soir". Mais pour lui, Jérôme Lavrilleux sert la stratégie de l'UMP. "Il a allumé un contre-feu juste avant un bureau politique" (qui doit se tenir mardi matin à l'UMP à 8h30, NDR), a déploré Olivier Faure, estimant à mots couverts que le directeur de cabinet de Jean-François Copé couvrait d'autres personnes. "Jérôme Lavrilleux, est un soldat courageux, mais il est temps que les généraux prennent la parole", a-t-il conclu.

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