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Pourquoi les banques centrales courent après l’or

Les Banques centrales ont acheté 461 tonnes d'or au niveau mondial l’année dernière, donc quasiment 150 tonnes pour la seule Russie.

Les Banques centrales ont acheté 461 tonnes d'or au niveau mondial l’année dernière, donc quasiment 150 tonnes pour la seule Russie. - Michal Cizek - AFP

Aux environs des 1.300 dollars l’once, l’or a brusquement repris du lustre auprès des investisseurs. Via des produits financiers indexés sur les cours, mais sur l’année passée, ce sont très clairement les banques centrales qui ont montré le plus d’appétit notamment pour l’or physique en lingots. Résultat des désordres monétaires de ces derniers mois.

"Gold is Currency, everything else is Credit”. “L’or est la seule monnaie, le reste ce n’est que du crédit” disait John Pierpont Morgan. Le grand banquier d’affaires américain exprimait déjà au début du siècle dernier un sentiment diffus mais persistant : quand l’économie mondiale va mal, quand tous les repères monétaires et fondamentaux sont chamboulés, seul l’or est là pour apporter de la sécurité et une véritable valeur quantifiable.

Beaucoup de choses ont changé depuis. Déjà depuis la Conférence de Kingston en 1971, l’or n’est plus un étalon monétaire officiel. Il est certes toujours utilisé notamment par le FMI et les banques centrales pour s’adosser par précaution à des actifs physiques, mais depuis cette date, la valeur d’une monnaie s’évalue par rapport à ses fluctuations avec les autres monnaies, ainsi que son taux de rémunération via les taux d’intérêts pratiqués dans les pays concernés.

Un bouclier contre le relativisme monétaire

Après la crise de 2007-2008 et la crise des dettes souveraines en zone Euro, nous voilà replongés dans un relativisme monétaire total. Des monnaies peuvent d’un coup exploser en vol. L’hypothèse du défaut d’un état souverain est quelque chose avec lequel les marchés ont appris à vivre, depuis la 1ere crise grecque. Des règles monétaires établies peuvent voler en éclat d’un seul coup, comme la rupture brutale des parités de change fixe du Franc Suisse, il y a quelques semaines, provoquant l’appréciation du France de 20% d’un coup face à l’euro.

Les tensions géopolitiques peuvent envoyer au tapis une monnaie en quelques semaines, voire quelques jours, comme le Rouble russe. Des équilibres capitaux peuvent sauter d’un coup, et des milliards et des milliards de flux financiers avec. Les politiques proactives des banques centrales, celle de la FED pendant plusieurs années, celle de la Banque du Japon qui continue, celle de la BCE qui s’apprête à débuter, nous replongent dans un relativisme monétaire de nature a considérer chaque devise comme un actif on ne peut plus classique, avec son rapport cours/bénéfices/risque, pareil pour les taux d’intérêts, d’une volatilité jamais vue depuis 2008.

Le résultat c’est un vrai appétit pour l’or des banques centrales, 461 tonnes achetées au niveau mondial l’année dernière, donc quasiment 150 tonnes pour la seule Russie (un peu plus de 6 milliards de dollars aux cours actuels). C’est la 2ème année la plus active à ce niveau depuis la Conférence de Kingston de 1971. Preuve qu’au delà des fondamentaux économiques, l’or redevient la seule et véritable valeur refuge, à l’abri de tout grâce à un atout majeur, son inscription indiscutable au tableau périodique des éléments de Mendeleïev.

Antoine Larigaudrie