BFM Patrimoine

Malmené en Bourse, General Electric monte au créneau

-

- - SEBASTIEN BOZON / AFP

General Electric est monté au créneau pour affirmer sa solidité financière après son plongeon à Wall Street, conséquence des inquiétudes portant sur l'état de ses liquidités.

Le fleuron industriel américain est intervenu en urgence pour tenter de freiner sa déroute boursière. En cause: le bulletin de santé négatif délivré par un analyste financier qui a précipité la chute du titre. Steve Tulsa, un des grands connaisseurs de l'entreprise et analyste chez JPMorgan Chase, estime que le niveau actuel de l'action ne reflète pas le bilan de santé des activités et, notamment, les difficultés des divisions Energie (Alstom) et Financière (GE Capital).

L'expert estime que le titre devrait évoluer aux alentours de 6 dollars, un plancher touché en mars 2009 au plus fort de la crise financière, d'autant que de nombreuses craintes entourent également les liquidités et, notamment, les flux de trésorerie. Steve Tulsa estime qu'il y a une détérioration des fondamentaux de l'entreprise et que six des huit segments d'activités seront en difficulté d'ici 2020.

«GE est fondamentalement solide, avec de solides liquidités. Nous prenons des mesures drastiques pour renforcer notre bilan». C'est par ces mots qu'un porte parole de Général Electric a tenté de balayer les inquiétudes. Une déclaration intervenue en pleine séance boursière. Fait rare pour une multinationale. Il est en effet inhabituel de voir un grand groupe répondre publiquement à un analyste financier. Mais si l'objectif était de rassurer les investisseurs, la tentative a échoué. L'action a dévissé à New York de 5,71% à 8,58 dollars.

Une source interne assure pourtant que l'entreprise dispose actuellement de lignes de crédit d'environ 40 milliards de dollars et peut également vendre à tout moment des actifs qui lui rapporteraient 60 milliards en plus, ce qui lui permet de parer à toute urgence. General Electric pourrait par exemple se délester de sa participation de 62,5% dans le groupe de services pétroliers Baker Hughes

115 milliards de dollars de dette

L'optimisme de l'entreprise est mis à mal par d'autres experts. Gregory Volokhine, gérant de portefeuille chez Meeschaert, estime que «le titre est entré dans une spirale qui inquiète les professionnels du marché qui commencent publiquement à évoquer le pire et s'interrogent sur l'avenir de cette icône américaine». Il estime que la chute en bourse de GE peut entraîner des dégâts considérables et mener à un scénario à la Lehman Brothers, la défunte banque d'affaires américaine. «Les banques pourraient ne plus vouloir apporter à court terme l'argent nécessaire à l'entreprise», ajoute cet expert, disant craindre un envol des taux d'intérêt auxquels GE emprunte. Une hausse qui finirait par étrangler l'entreprise dont la dette s'élève déjà à près de 115 milliards de dollars.

Les conséquences sont aussi potentiellement importantes pour l'emploi industriel en France où General Electric emploie encore 7.000 personnes, entre ses activités historiques et celles sont il a hérité en rachetant Alstom

Le 30 octobre dernier, la société avait annoncé une perte trimestrielle record de 22,8 milliards de dollars. La sanction était tombée le lendemain: l'agence de notation Moody's abaissait de deux crans la note de solidité financière du groupe, la passant de A2 à Baa1. Le nouveau PDG Larry Culp, arrivé le 1er octobre, va donc tenter de redresser la barre, tout en sachant qu'il est sur un siège éjectable. Son prédécesseur, John Flannery, avait été limogé après seulement 14 mois à la tête du groupe.

Sandrine Serais avec AFP