Divorce, séparation : "le petit enfant a besoin de sa mère"

La question du sort de l'enfant lors d'un divorce ou d'une séparation reste délicate à trancher. Jointe par BFMTV.com, Nicole Garret-Gloanec, pédopsychiatre, souligne le rôle fondamental de la mère dans la construction de l'enfant.

Propos recueillis par Ariane Kujawski
Le 18/02/2013 à 19:09
Mis à jour le 18/02/2013 à 19:20
Pour la pédopsychiatre Nicole Garret-Gloanec, le lien mère-enfant est fondamental. (BFMTV)

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Le cas de Serge Chernay, qui est finalement descendu de la grue sur laquelle il était perché à Nantes, a relancé le débat de la place des pères dans la garde de l'enfant. Alors que Christiane taubira, ministre de la Justice, et Dominique Bertinotti, ministre de la Famille, misent beaucoup sur une meilleure médiation au moment de la séparation, que préconisent les médecins ? BFMTV.com a posé la question à Nicole Garret-Gloanec, pédopsychiatre à Nantes.

"Le lien avec la mère est fondamental pour se développer"

Le jeune enfant a-t-il un besoin essentiel de sa mère ?

Oui. Il y a une question d'âge et de contexte. Dans notre société, plus l'enfant est petit, et plus il a besoin de sa mère. Moi, je m'occupe des enfants jusqu'à trois ans. Pour eux, le lien avec la mère est fondamental pour se développer. Ils ont besoin d'un attachement solide à la mère, cela leur procure la sécurité dont ils ont besoin.

Cela ne veut pas dire que ce lien doit être exclusif, mais c’est le premier lien : il faut le protéger et le maintenir, puis l’assouplir et l’ouvrir au monde extérieur. Cela, c'est le père qui peut l'assumer. Mais le bébé a besoin de la préoccupation que sa mère ressent pour lui, pour répondre à ses besoins. C’est quelque chose de fondamental. Si ce lien est exclusif, il va devenir toxique et c’est évidemment une situation à éviter, grâce au père notamment.

Le père peut-il élever seul un enfant ?

Un père peut élever un tout-petit, mais à plusieurs conditions. Il doit faire un maternage adéquat, c’est-à-dire qu’il doit aller chercher dans ses propres représentations féminines à transmettre à son enfant. Des pères peuvent tout à fait bien le faire.

Mais ont-ils forcément envie de passer par là ? Moi, je n’en vois pas beaucoup. Et quoi qu’il arrive, l’enfant souffrira de ne pas avoir de mère. Et si l’enfant souffrira aussi de ne pas avoir son père – car il ne s’agit pas de dire que le père n’est pas important - la souffrance ne sera pas la même.

"L'enfant se nourrit des différences qui existent entre ses parents"

Pourquoi ?

Parce que celui qui joue la fonction maternelle a une fonction d’existence. L’autre parent aussi, mais c’est une relation qui est plutôt en lien avec la construction.

Sans dire que le trio constitué par les parents et l'enfant doit être le seul modèle, c’est à mon sens le plus simple. L’enfant se nourrit des différences qui existent entre ses parents. Il a besoin de dire "papa" et "maman". S’il ne le peut pas, il en souffrira : il lui manquera une partie de lui-même. Et puis, on ne prend pas le rôle maternel de la même façon lorsqu’on est un homme que lorsqu’on est une femme.

Après, il faut tenir compte de la réalité : les séparations existent, et on peut évidemment aider l’enfant à dépasser ses souffrances. Mais il faut revenir aux besoins de l’enfant. Trop souvent, on a tendance à faire ce que l’on veut en tant que parents, alors que le plus important est de regarder l’enfant et voir quels sont ses besoins.

Que pensez-vous de la garde alternée ?

Personnellement, je n'y suis pas favorable, que ce soit pour les tout-petits ou même les plus grands, car cela oblige les enfants à s'adapter à chaque parent et à son environnement. Il lui faut passer d'un lieu à un autre, sans avoir de lieu à lui. Ils sont à une période de leur vie où ils ne doivent pas s'adapter aux parents, mais où leurs parents doivent s'adapter à eux.

Après, bien sûr, les enfants sont capables de s'adapter à beaucoup de choses. Mais cela a des conséquences : on ne peut pas demander ensuite aux enfants d'être bien dans leur peau et de ne pas être stressés. Quand on y pense, on leur fait vivre des choses très difficiles...

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