Jean Véronis : "Twitter ne libère pas la parole politique, il la répand"

Très prisé des députés depuis quelques mois, Twitter est devenu un moyen de communication politique à part entière. Quitte à froisser. Explications.

Alexandra Gonzalez
Le 05/02/2013 à 13:42
Mis à jour le 05/02/2013 à 13:47
Quelques tweets de personnalités politiques françaises (Capture Twitter - Montage BFMTV.com)

Les débats à l'Assemblée nationale sur le mariage homo connaissent une nouvelle dimension grâce à Twitter. Sur ce réseau social adopté par de nombreux députés, le grand public peut suivre les coulisses, les clashs, ou encore les boutades des élus parlementaires, qui se livrent comme jamais sans toujours vraiment "maîtriser la bête". Jean Véronis, professeur de linguistique et fin connaisseur des réseaux sociaux, décrypte cette communication politique 2.0, pas encore toujours au point.

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Twitter a-t-il libéré la parole politique ?

Pas réellement. Les députés ont toujours été habitués à crier, à s'invectiver, à taper du poing sur la table. On se souvient par exemple de la cacophonie lors des débats sur l'avortement. La différence, c'est que cela restait silencieux pour le grand public ! Même à la télévision, lorsqu'on regarde les débats, on n'entend pas vraiment les vannes qui fusent, on ne sait pas qui dit quoi. Sur Twitter, ce sont ces mêmes comportements, mais qui sont rendus publics. Twitter ne libère pas la parole politique, il la répand.

Valérie Trierweiler aurait-elle pu dire à la télévision ce qu'elle a écrit dans son fameux tweet, où elle s'en prenait à Ségolène Royal ?

Elle aurait pu dire ça dans un cercle privé, pas à la télévision. C'est là qu'on se rend compte qu'une bonne partie des utilisateurs politiques sont novices. La très forte adoption de ce réseau social par les députés a démarré il y a six mois seulement. Ils doivent encore apprendre à maîtriser la bête, et réaliser que ces bruits de couloir peuvent prendre une très grande dimension s'ils sont écrits sur Twitter. Mais parfois, c'est un choix. Je pense à Nadine Morano, qui maîtrise très bien Twitter, mais a décidé de l'utiliser de manière provocatrice.

Est-ce un moyen de reconnecter les élus au peuple ?

Tout dépend de l'usage qu'il en est fait. Pour le moment, cela ressemble un peu à une cour de récréation, on est surtout dans le domaine du chahut sur les comptes Twitter des députés politiques. En revanche, quand c'est utilisé comme le fait Barack Obama, avec toute une équipe derrière, et un grand contrôle de l'outil, ça rapproche les citoyens de la politique. Ou encore comme Nathalie Kosciusko-Morizet, très "pro" sur Twitter. Les médias classiques ont atteint leurs limites, le grand public n'écoute plus vraiment ce qu'il s'y dit. Les journaux meurent, d'autres circuits de communication émergent. Twitter en fait partie.

Assiste-t-on à une désacralisation de l'homme politique et de son message ?

Si les élus abusent de Twitter et l'utilisent à tort et à travers, probablement. On voit d'ailleurs que les hommes politiques "sérieux", comme François Fillon, l'utilisent avec parcimonie. Avant, avec toutes les interviews et les discours, il y avait déjà un brouhaha permanent, d'où n'émergeaient que certaines phrases, comme Hollande au Mali disant il y a quelques jours : "C'est le plus beau jour de ma vie". Sur Twitter, ce sera pareil. Certaines phrases, comme celles de Valérie Trierweiler, resteront. Les autres seront oubliées.

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