EXCLUSIF - Compte à l'étranger, démission, suicide: la vérité de Jérôme Cahuzac

Jérôme Cahuzac est sorti de son silence mardi soir sur BFMTV pour évoquer l'affaire de son compte à l'étranger, qui provoque toujours beaucoup de remous dans la classe politique depuis ses aveux, le 2 avril dernier. Il en a profité pour annoncer sa démission de son mandat de député.

Sandrine Cochard
Le 16/04/2013 à 18:00
Mis à jour le 16/04/2013 à 19:41
L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac interviewé par BFMTV le 16 avril 2013 (BFMTV)

Opération mea culpa pour Jérôme Cahuzac. Près d'un mois après sa démission du gouvernement et deux semaines après ses aveux publics, l'ancien ministre du Budget a répondu en exclusivité sur BFMTV/RMC à toutes les questions judiciaires, politiques et personnelles dans l’affaire de son compte à l’étranger.

Il s'agissait de sa première apparition publique depuis le 20 mars, date de la passation de pouvoir avec son successeur Bernard Cazneuve à Bercy. Et selon ses premières déclarations recueillies par Jean-François Achilli, directeur de la rédaction de RMC, Jérôme Cahuzac avait à coeur d'annoncer une décision importante pour son avenir politique et de présenter son mea culpa national.

> Démission de son mandat de député

Visage fermé et ton grave, Jérôme Cahuzac a soigneusement pesé ses mots pour revenir sur le dilemme qu'il affrontait depuis plusieurs jours. "Une décision doit être prise. Dois-je rester à l'Assemblée nationale ou dois-je démissionner de mon mandat de député? Quel que soit le choix, la décision porte des conséquences non négligeables", a-t-il souligné.

"Aujourd'hui en conscience, j'estime que la gravité de cette faute ne me permet pas de rester parlementaire et j'ai donc décidé de démissionner de ce mandat" de député du Lot-et-Garonne, a-t-il annoncé. "Il m'a fallu du temps pour prendre cette décision, pour écouter les uns et les autres", a-t-il poursuivi.

> Jérôme Cahuzac "tourne la page" de sa vie politique

Quant à son avenir politique, Jérôme Cahuzac semble avoir tiré un trait dessus. Au point de ne pas briguer de nouveau mandat ni de se soumettre à une nouvelle élection pour l'instant. "La vie politique n'a de sens que lorsque l'on est élu. Ne l'étant plus, je n'ai de fait plus de vie politique, a souligné Jérôme Cahuzac, la voix blanche. J'ignore de quelle façon aujourd'hui je peux tenter de compenser le mal que j'ai pu faire nationalement, à celles et ceux avec lesquels j'ai partagé beaucoup de combats, et localement, avec celles et ceux avec qui nous avons eu, je crois, une très belle aventure locale. C'est finalement à eux de me dire ce qu'ils souhaitent."

Et revenir un jour, à la manière d'autres ministres condamnés? "Cela me paraît peu probable, a tranché Jérôme Cahuzac. Je vous dis ça avec beaucoup de tristesse. Le combat politique a été un combat très important dans ma vie, mais j'ai le sentiment qu'une page se tourne."

Quant à ses indemnités de ministre, auxquelles Jean-Marc Ayrault lui a publiquement demandé de renoncer, Jérôme Cahuzac a indiqué qu'il s'agissait là d'un problème "juridique" et qu'il avait "confié à son avocat le soin de régler cette question juridique".

> "Blessé" par les critiques de Jean-Marc Ayrault

"Peut-être aussi ai-je eu besoin de ce temps pour mesurer l'ampleur, et la gravité, de la faute morale que j'ai commise", a poursuivi Jérôme Cahuzac pour expliquer son silence jusque-là.

Une parenthèse médiatique également mise à profit pour organiser sa riposte face au tir groupé dont il est la cible de la part de ses anciens collègues depuis ses aveux. A commencer par le premier d'entre eux, Jean-Marc Ayrault qui l'a accusé d'être "un fraudeur". Des mots qui ont lui "fait mal" reconnaît aujourd'hui Jérôme Cahuzac. "Cette déclaration est très dure. Elle émane de quelqu'un pour qui j'ai toujours eu beaucoup de respect et d'affection. Mais en même temps comment reprocher à Jean-Marc Ayrault de dire ce qui fut une réalité?", a-t-il déclaré en forme de mea culpa.

Le Premier ministre a-t-il eu raison de dire ça? "Probablement, a répondu Jérôme Cahuzac après un silence, puisque ce que j'ai fait ne correspondait pas à ce que la morale élémentaire m'aurait commandé de faire. Donc cette déclaration est douloureuse parce qu'elle décrit une réalité qui était douloureuse, pour moi et pour mes proches, mais une réalité que je dois affronter."

> "Une sorte d'acharnement" contre lui

Jérôme Cahuzac est ensuite revenu sur la pluie de critiques qui avait suivi ses aveux, y compris au sein de son propre parti d'où il a été exclu et tandis que Manuel Valls a évoqué à de multiples reprises une "trahison" et que Najat Vallaud-Belkacem l’a comparé au "menteur de la famille". "Incontestablement, il y a eu des réactions très violentes. Incontestablement, je crois qu’il y a eu une sorte d’acharnement dont je doute qu’il a eu un précédent aussi intense dans notre histoire politique contemporaine", a-t-il souligné tout en préférant "garder son jugement" pour lui.

"Ce que j'espère, c'est que le temps de la colère passé, le jugement sera moins dur, a-t-il espéré. Dans cette détresse et dans cette tristesse, il me reste à rester digne de l'amour de celles et ceux qui continuent à en éprouver pour moi."

> Le silence de François Hollande

De Jérôme Cahuzac, François Hollande a simplement dit qu'il s'agissait d'un "outrage fait à la République". "Je crois que le président de la République n’avait pas à me parler et je crois que j’aurais fait preuve de beaucoup d’impudence si j’avais tenté de le faire." "Je lui ai demandé pardon, par écrit." Accepté? "C’est à lui de le dire ou pas".

"La faute est impardonnable mais en règle générale, ce n’est pas la faute qu’on pardonne, on accorde ou pas son pardon à celui qui la commise. C’est à ceux à qui j’ai demandé pardon de décider s’ils me l’accordent ou pas." Et d’adresser un message simple à François Hollande, en tant que "simple citoyen": "je lui souhaite de tout cœur bonne chance pour conduire le pays". Avant de prendre la défense de François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici, accusés d'avoir été au courant de ses activités. "Je leur ai menti", s'est-il borné à dire, affirmant "ignorer" ce dont ils avaient connaissance.

> "Ma part d'ombre"

Puis, pour évoquer ses vingt années de mensonges, Jérôme Cahuzac a évoqué "une part d'ombre". "J’avais une part d’ombre qui est aujourd’hui en pleine lumière. Pendant toutes ces années, j’ai tout fait pour la repousser. J’ai cru qu’en travaillant comme j’ai pu le faire me permettrait de réduire cette part d’ombre. En vérité, la meilleure façon d’affronter cette part d’ombre, c’est d’affronter la vérité et c’est ce que j’ai décidé de faire", a-t-il assuré.

"Après avoir cherché comment faire, je n’ai jamais trouvé la solution puisque toute solution ne pouvait passer que par la levée de l’anonymat. Et cela, je ne pouvais m’y résoudre. A tort", a-t-il encore reconnu. Une "spirale du mensonge" comme il l’a lui-même qualifié durant ses aveux publics qui auraient pu prendre fin le jour où François Hollande lui a proposé le poste de ministre délégué au Budget. "Ce jour-là, j’aurais dû avoir la force d’âme de refuser. J’ai commis une faute en acceptant ce poste. J’en paye le prix fort aujourd’hui."

> Le déclic

Pourquoi avoir finalement choisi de passer aux aveux? "Je n’ai pas décidé ça il y a 15 jours mais avant. Après ma démission du gouvernement, je comprends qu’il faut cesser avec cette situation parfaitement malsaine. Une situation qui a notamment pour conséquence le fait que je me consume littéralement de l’intérieur. Ceux qui m’ont vu travailler à ce moment-là voient bien que je suis en train de me consumer car cette contradiction que je porte en moi, en fait je ne la supporte plus. » Une décision prise après sa démission, donc, pour "rebâtir une vie, en tout cas d’être en accord avec moi-même".

Et de plaider de nouveau sa bonne foi. "Avant même d’aller trouver les magistrats, je renonce à tout recours, notamment en Suisse, à toute procédure qui permettrait d’éviter que les preuves ne soient un jour à la disposition de la justice française", explique-t-il tout en refusant d’en dire plus sur la procédure en France, préférant "réserver ses déclarations aux juges". Jérôme Cahuzac craint-il la prison? "Oui j’ai peur mais je le ferai quand même. Nier la peur ne supprime pas le risque. C’est parce que je saurai surmonter cette peur que je pourrai me redresser."

> "600.000 euros oui, le reste, non"

"La justice française aura tous les documents concernant les activités illicites que j’ai pu avoir à l’étranger" a poursuivi Jérôme Cahuzac, reconnaissant avoir placé "600.000 euros, le reste, non" en allusion aux autres chiffres qui ont circulé. Et de démentir fermement une autre rumeur: "Ce compte n’a jamais servi à financer de campagne au Parti socialiste."

D'où venait cet argent alors? "De mon travail" assure Jérôme Cahuzac, avec "des entreprises de santé" et ce "après sa mission dans le gouvernement Rocard". Une façon de répondre aux accusations de conflit d'intérêts qui ont suivi sa démission et l'éclatement de l'affaire. "Il n’y avait pas de relations troubles avec les labos" a-t-il soutenu en évoquant son travail au cabinet de Claude Evin, au ministère de la Santé. Jérôme Cahuzac l'assure: il n'a plus touché un centime de laboratoires pharmaceutiques à cette période. "Je suis élu en 1997. A partir de cette date, je n’accepte plus aucune mission et à partir de 1998 la société de conseil que j’avais créée ne réalise plus un franc de chiffre d’affaires. C’est très facile à démontrer", a-t-il avancé.

> Des rapports troubles avec Philippe Péninque

Puis, interrogé sur ses rapports avec Philippe Péninque, ce proche de Marine Le Pen à l’origine de l’ouverture de son compte à l’étranger, Jérôme Cahuzac a riposté: "Il y a vingt ans, il n’était pas proche de Marine Le Pen et je ne lui ai confié ça parce que nous avons sympathisé."

Une proximité qui interpelle entre le socialiste Cahuzac et celui que l’on dit proche de la président du FN. "J’estime, au risque de choquer, l’engagement politique ne résume pas un homme", a lancé Jérôme Cahuzac tout en défendant son action "en totale contradiction, en totale opposition avec ce que le Front national a pu préconiser."

> La question du suicide

Ce sont ses proches qui ont évoqué leurs craintes, la semaine dernière. Mais Jérôme Cahuzac a-t-il vraiment pensé au suicide? "Dans les jours très noirs que j’ai traversés, sans espérance quand on ne voit pas d’issue, il est finalement assez banal de se poser des questions fondamentales, a-t-il reconnu à demi-mot, le ton grave. Et puis, je crois qu’il y a, pour tenter de rattraper cette faute, une nécessité qui est celle de me relever et d’affronter les épreuves qui m’attendent. C’est ce que j’ai décidé de faire."

> Le rôle de Mediapart

Enfin, Jérôme Cahuzac a également eu des mots pour Mediapart, le site dinvestigation à l'origine des révélations sur son compte en Suisse. "Les méthodes me semblent contestables, la fin n’a pas à justifier les moyens, a-t-il d'abord accusé. Il est vrai que vos confrères ont puissamment contribué à dévaster ma vie. Mais le responsable, c’est moi, donc c’est à moi que j’en veux."

>> VIDEO - Retrouvez cette interview en intégralité en vidéo en cliquant ici.

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