BFM Tech

Pourquoi TikTok a suspendu le compte d'une adolescente qui dénonçait la détention de musulmans en Chine

Une adolescente américaine a critiqué sur TikTok la politique mise en place par la Chine à l'encontre des musulmans. Son compte a été suspendu. Mais le réseau social se défend de l'avoir sanctionnée à cause de son discours politique.

Face caméra, une adolescente se maquille et diffuse sa vidéo sur le réseau social chinois TikTok. Mais il ne s’agit pas d’un tuto classique. “Salut, les gars. Je vais vous montrer comment avoir de longs cils. La première chose à faire, c'est d’attraper votre recourbe cils, évidemment”, conseille Feroza Aziz, habitante du New Jersey et âgée de 17 ans. Le ton change rapidement. “Puis vous allez le poser et utiliser votre téléphone pour vous renseigner sur ce qu'il se passe en Chine.”

“Comment ils envoient d’innocents musulmans dans des camps de concentration, les séparent de leurs familles, les kidnappent, les violent, les forcent à manger du porc, à boire de l’alcool, à se convertir à une autre religion… Et bien sûr, les tuent”, poursuit l’adolescente. “Les gens qui vivent dans ces camps de concentration n’en ressortent pas vivants. C’est un autre holocauste. Et personne n’en parle. S’il vous plaît, soyez conscients. Sensibilisez les gens… Et reprenez votre recourbe cils”. 

Le compte suspendu par TikTok

A la suite de la publication de cette vidéo, Feroza Adid a été sanctionnée par TikTok: son profil a été temporairement suspendu, avant d'être rétabli ces dernières heures. L'adolescente a expliqué au Washington Post qu'elle ne pouvait plus se connecter.

Un représentant du réseau social, qui appartient au géant chinois ByteDance, a réagi auprès du quotidien américain et assuré que la suspension du compte de la jeune femme n’était pas liée à sa critique de la politique mise en place par la Chine.

"TikTok ne modère pas de contenu en raison de sensibilités politiques. Dans ce cas précis, le compte précédent de l’utilisatrice ainsi que l’appareil associé ont été bannis après qu’elle ait posté une vidéo d’Oussama Ben Laden, ce qui est une violation de l’interdiction de contenus, dont les images, en lien avec des organisations terroristes", a indiqué TikTok dans un communiqué à BFM Tech
"Ses nouvelles vidéos, dont la vidéo sur laquelle elle manipule un recourbe cils, ne sont pas concernées et restent consultables".

Fait étrange, le réseau social assure que seul le téléphone de la jeune femme est fiché et que son compte reste accessible depuis un autre smartphone. 

Des règles de modération très floues 

Cette affaire met en lumière les questions soulevées par la modération sur les réseaux sociaux. Peut-elle se transformer en censure? TikTok n'en est pas à sa première polémique. Accusée de supprimer les contenus relatifs aux manifestations pro-démocratie à Hong Kong, l'entreprise s'était justifiée en expliquant vouloir mettre l’accent sur du contenu “positif et joyeux”, en accord avec l’audience très jeune de sa plateforme.

Les règles de modération du réseau social chinois sont floues. L'entreprise s'appuierait sur des équipes locales de modérateurs pour adapter les règles en fonction des zones géographiques. Il serait par exemple interdit en Turquie de montrer deux personnes homosexuelles se tenant la main alors que ces images ne poseraient pas de problème dans un pays comme la France. 

Le poids de TikTok dans le paysage des réseaux sociaux est considérable: en 2019, elle était la troisième application - hors jeux vidéo - la plus populaire sur l'App Store et le Google Play Store, devant Facebook et Instagram, avec 1,5 milliard de téléchargements

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech