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"Mulot", Caramail, site de l’Elysée: l’étonnant rapport de Jacques Chirac aux nouvelles technologies

Jacques Chirac regarde des ordinateurs, le 2 mars 2000, lors d'une visite à "Republic Alley", la première communauté de start-up en France

Jacques Chirac regarde des ordinateurs, le 2 mars 2000, lors d'une visite à "Republic Alley", la première communauté de start-up en France - GEORGES GOBET AFP POOL AFP

L’ancien président de la République s’est éteint ce 26 septembre. Souvent caricaturé sur son rapport à l’informatique, il a aussi mis en avant les évolutions technologiques au début des années 2000.

“La souris? Qu’est-ce qu’on appelle la souris?”. Diffusée au JT de France 2 en janvier 1997, l’interrogation de Jacques Chirac face à une souris d’ordinateur reste dans les mémoires. Une phrase qui aura valu à l’ancien président français, disparu ce 26 septembre à 86 ans, d’être régulièrement moqué pour sa méconnaissance de l’informatique et des nouvelles technologies en général. Pourtant, il s’affichera rapidement en faveur de ces évolutions techniques, et conscient de leurs futures dérives.

"Traumatisé" par le “mulot”

Comme le rappelait Libération en 1997, la phrase de “la souris” a directement inspiré les auteurs des Guignols de l’info, l’émission satirique de Canal+. A plusieurs reprises, la marionnette de Jacques Chirac évoquera “le mulot”, ou “une biscotte en fer” pour parler d’une disquette. L’expression “traumatisera” l’ancien président de la République, qui cherchera rapidement à redorer son image dans le domaine du numérique. Et ce en dépit de moqueries ayant alimenté son capital sympathie.

Cet épisode du “mulot”, qui montre un président plus tout jeune et déconnecté des technologies, le rend alors plus sympathique. Des gens de sa génération se sont reconnus dans sa naïveté, tandis que les plus jeunes voyaient un “papy” Chirac qui à cette époque commence à être proche et touchant” analyse Laurent Guez, coauteur du livre Chirac, le “président sympa” (2002), auprès de BFM Tech.

L’année suivante, les équipes de France 2 étaient conviées au Palais de l’Elysée pour découvrir un service inédit: le site Web de l’Elysée. Un portail officiel du pouvoir présenté comme révolutionnaire, malgré son arrivée plus tardive qu’aux Etats-Unis (1994), ou au Royaume-Uni (1996).

“On peut maintenant écrire directement au président Jacques Chirac grâce à Internet” clamait le JT de la chaîne publique. Grâce à une icône prenant la forme d’un timbre, chaque français pouvait écrire au président de la République. Les retours se faisaient toutefois par courrier papier “pour éviter tout piratage”.

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Au contact des jeunes internautes

Rapidement, Jacques Chirac va plus loin pour séduire les jeunes, à quelques mois d’une nouvelle campagne présidentielle. A l’image du passage sur Twitch de certains ministres début 2019, il s’invitera le 13 mars 2002 sur Caramail, la messagerie alors plébiscitée par les adolescents.

Jacques Chirac dans les locaux de Caramail, le 13 mars 2002
Jacques Chirac dans les locaux de Caramail, le 13 mars 2002 © PHILIPPE WOJAZER POOL AFP

Mais c’est dans une interview donnée au Journal du Net deux jours auparavant que le futur candidat évoquera le numérique en détails, se montrant très au fait des enjeux liés au numérique et à Internet. Faisant écho au thème de la fracture sociale, l’un de ses principaux thèmes de campagne en 1995, Jacques Chirac évoque la “fracture numérique”, toujours d’actualité en 2019.

“Entre catégories sociales, les possibilités financières d'accès à Internet sont très différentes. J'ai souligné l'aide qui devait être apportée pour la réduire, au niveau de l'équipement des ménages. Entre générations, le fossé n'est pas moindre. Il se résorbera lentement, grâce à l'influence des plus jeunes. Entre territoires, le problème est différent: c'est avant tout un problème de réseaux et d'infrastructures dans des zones considérées comme insuffisamment rentables” explique-t-il alors.

Auprès du même média, Jacques Chirac expose sa vision des comportements citoyens en ligne. Là encore, il présagera une situation proche de celle de 2019, notamment en raison de l’importance prise par les réseaux sociaux.

“Quand l'internet se sera vraiment démocratisé, les citoyens pèseront davantage qu'auparavant dans la vie politique française. Un simple mail permet aujourd'hui de dénoncer les exactions de n'importe quelle dictature, et de passer outre la censure de la presse. Le web est devenu un outil au service de la protection des libertés” avance-t-il, mentionnant au passage son appétence pour la mise en place du vote par Internet.
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https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech