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Le mème le plus célèbre du Web n'a (presque) rien rapporté à son auteur

Certaines photos ont l'honneur de se hisser au rang de mèmes.

Certaines photos ont l'honneur de se hisser au rang de mèmes. - Distracted boyfriend/ Antonio Guillem

Bon nombre de photographes amateurs tentent leur chance en mettant en vente des clichés de bandes d'images. Rares sont ceux à tirer leur épingle du jeu et à pouvoir vivre de cette activité.

Les entreprises en raffolent. Les scientifiques s’en moquent. Les célébrités les parodient. Elles égaient notre quotidien numérique et dépeignent à merveille la vie en open space. Impossible de naviguer en ligne sans se confronter, un jour ou l’autre, aux photos de banques d’images. Parfois pertinentes, parfois grotesques, ces illustrations sont le fruit du travail de millions de photographes à travers le monde et se revendent, parfois à prix d’or, sur Shutterstock, Getty images ou encore iStock. Parmi les images les plus emblématiques du genre, un cliché, régulièrement moqué: des "hackers" cagoulés, gants de cuir aux mains, face à un écran d'ordinateur bardé de lignes de code vertes. 

Antonio Guillem est l’un de ces photographes de l’ère numérique. Il a décidé de ne plus s’exprimer sur l’image qui a fait son succès. Le cliché, montrant un homme accompagné mais irrémédiablement attiré par une autre femme, était voué à illustrer le concept d’infidélité. Il a été détourné des milliers de fois pour devenir le "distracted boyfriend" meme.

Le distracted boyfriend meme.
Le distracted boyfriend meme. © Antonio Guillem

De cette image, il ne tire presque aucun revenu. Elle semble être tombée dans le domaine public des clichés les plus populaires du Web. En revanche, il vit désormais "confortablement" de ses clichés vendus sur la plateforme Shutterstock. "J'ai décidé de parier sur ce secteur et, après plusieurs années de dur labeur, j'atteins désormais un nombre très raisonnable de ventes", indique-t-il auprès de BFM Tech.

Sur Shutterstock, son image la plus connue côtoie des centaines de photos de son modèle principal, photographié sous toutes les coutures pour illustrer des situations banales de la vie quotidienne.

Un large panel d'émotions capturées par Antonio Guillem.
Un large panel d'émotions capturées par Antonio Guillem. © Antonio Guillem/ Shutterstock

De 4000 à 8000 euros par mois pour les plus reconnus

Venir alimenter ce monde merveilleux de l’imagerie stock ne requiert pas de compétences poussées. Antonio Guillem a lui-même débuté "sans rien connaître de la photographie". "Pour poster sur notre plateforme, il suffit de postuler sur le site et de montrer dix images ou vidéo réalisées", note un représentant de Shutterstock auprès de BFM. "Si une image ou plus est acceptée, le contributeur devient un membre actif de notre communauté". Le mastodonte de l’imagerie en ligne vend plus de cinq images par seconde. Il recense 190 millions de clichés et 10 millions de clips vidéo.

Lise Gagné est la première stock photographe à avoir vendu un million d’images en ligne. Elle est tombée dans le bain de l’imagerie stock après un passage en agence de communication. La photographe déplorait à l’époque l’exploitation sauvage de photos pourtant protégées par droits d’auteur. Elle se consacre aujourd’hui exclusivement à iStock, sur laquelle elle excelle dans un registre "lifestyle".

D’après elle, enchaîner les photographies pour banques d’images peut s’avérer rémunérateur. "Un photographe stock à plein temps peut facilement gagner entre 4000 et 8000 euros par mois", estime-t-elle. "Ceux qui parviennent à gagner davantage ont un très large portfolio, un grand nombre d’images qui captent l’attention et sont sous exclusivité avec une plateforme".

Le record de ventes pour Lise Gagné.
Le record de ventes pour Lise Gagné. © Lise Gagné

S'armer de patience

Du côté des contributeurs, que les photographes soient amateurs ou pros avec un contrat d’exclusivité, rares sont pourtant les heureux élus à tirer des revenus substantiels de cette activité. "Pour la plupart des photographes de notre plateforme, prendre ces clichés est un hobby et, bien souvent, une bonne façon de protéger leur travail en ligne", juge Shutterstock.

Poster des photos sur le site peut porter ses fruits parfois au bout de plusieurs années", note un représentant de la banque d’images. "Certains photographes gagnent de l’argent sur des photos qu’ils ont mises en ligne il y a sept à dix ans. Il faut bien souvent quelques mois pour cerner la façon dont la plateforme fonctionne et découvrir leur propre niche. L’imagerie stock est un investissement à long terme, très centré sur le volume de production. Plus on a d’images dans une collection, plus elles pourront être trouvées et choisies".

Pour survivre, Antonio Guillem a compris la leçon. Il dit lui-même avoir décidé de miser sur du contenu à haut potentiel de vente. "Je me concentre sur les images associées à un concept à la mode et aussi génériques que possible et je prends parfois quelques risques, à la marge", reconnaît-il. Ses deux images les plus vendues jusqu’à présent, à savoir "une femme souriante aux dents parfaites", et "un couple regardant la fenêtre depuis son canapé", en témoignent. Le photographe ne devrait pas s'arrêter en si bon chemin. "Mon modèle principal est capable d'incarner la joie à la perfection. Et c'est un concept qui sera vendeur pour de nombreuses années encore".

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech