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La liberté d’expression sur le Web encore restreinte en Chine

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Sous couvert de cybersécurité, le parlement vient d’adopter une loi interdisant l’anonymat des internautes, criminalisant la critique du régime sur Internet et obligeant les sites étrangers à coopérer.

Il semblerait que les autorités russes inspirent la Chine. A l'instar de Moscou, la République populaire vient d’adopter une loi renforçant la censure sur Internet. Si certaines des mesures du texte existaient déjà, leur portée change de nature car la liberté d'expression devient maintenant un enjeu de cybersécurité nationale.

Les internautes bâillonnés

L’organisation Human Rights Watch souligne que ce texte "fournit une base légale pour couper les réseaux à grande échelle" sous prétexte de réagir à des incidents de sécurité publique majeurs.

Les éditeurs et opérateurs devront, par ailleurs, exiger que les internautes déclinent leur véritable identité. C’est la fin des pseudonymes et de l’anonymat sur Internet. Autre point fort d'après l'AFP, la possibilité d’effacer ou de tronquer tout contenu dans des articles, blogs ou forums. Car la loi interdit de porter atteinte "à l’honneur national", de "troubler l’ordre économique ou social", ou encore d’"inciter au séparatisme ou de porter atteinte à l’unité nationale". Pas question de critiquer le régime ou d’exprimer son option lorsqu’on appartient à une minorité. Ce n'est pas nouveau, mais désormais le faire sera considéré comme un crime.

Les entreprises étrangères menacées

Selon des défenseurs des libertés civiques interrogés par l'agence Reuters, la loi devrait aussi renforcer la restriction d'accès aux sites étrangers comme Facebook ou Twitter. Rappelons que ces derniers étaient déjà soumis à un mécanisme de censure très sophistiqué baptisé "Great Firewall", issu d’un jeu de mot entre "Great Wall" (grande muraille) et "Firewall" (pare-feu).

En outre, les compagnies étrangères ne pourront plus héberger des données personnelles et commerciales "critiques" sur des serveurs situés hors du pays. Et devront fournir un soutien technique aux agences de sécurité nationale. S’agit-il d’une obligation de devoir placer des portes dérobées dans les produits informatiques ? Les entreprises du secteur le craignent, comme le rapporte encore l’agence Reuters. Mais le texte reste vague et ses interprétations sujettes à caution.

Ce tour de vis n’est bien sûr pas sans précédent en Chine, pays qui a déjà connu des vagues de répression sur internet par le passé. En 2013, le gouvernement avait déjà renforcé sa main mise en orchestrant une vague d’arrestations de journalistes et de blogueurs. Cette nouvelle loi entrera en vigueur le 1er juin 2017.

Amélie Charnay