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L’influenceuse Emma CakeUp attaque deux youtubeurs en justice

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Les deux youtubeurs avaient publié des vidéos après la polémique autour de la promotion de sites douteux par Emma Cakecup et son compagnon. Elle les accuse de "diffamation publique".

Fin novembre, plusieurs médias, dont BFM Tech, révélaient que deux influenceurs célèbres, Emma Cakecup (1,6 million d’abonnés sur Instagram) et son compagnon Oltean Vlad (1,3 million d'abonnés), avaient fait la promotion de produits contrefaits et de sites internet douteux. Rapidement, la polémique enfle et plusieurs youtubeurs y consacrent une vidéo. Dont Anthony Valerio, (8.000 abonnés sur YouTube) et Dairing Tia (31.000 abonnés sur YouTube).

"Peu après (la publication de la vidéo, ndlr), j’ai reçu un message Instagram d’Emma me disant 'Faites attention à ce que vous publiez sur les réseaux'", confie Dairing Tia à BFM Tech. Nous avons pu consulter une capture d’écran de leur discussion.

Tous deux sont poursuivis quelques semaines plus tard par l'influenceuse pour "diffamation publique". Cette infraction se caractérise par "une allégation ou l'imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne". Ils sont accusés d'avoir fait perdre à l'influenceuse des partenariats avec des marques et d'avoir incité leurs internautes à l'insulter et à la menacer.

Obligation de supprimer les vidéos

Le 18 décembre, Anthony Valerio reçoit un mail de la part des avocats d'Emma Cakecup. Ce message "me mettait en demeure de retirer la vidéo pour éviter des poursuites judiciaires", détaille le vidéaste. Il s’exécute dans la foulée et retire sa vidéo qui cumulait alors 307.290 vues.

La youtubeuse Dairing Tia a vécu une expérience similaire. Le 17 décembre, les avocats de l’influenceuse lui envoient un mail pour exiger la suppression de sa vidéo sous 48 heures. Mais elle affirme n'avoir lu le message que deux jours plus tard, le 19 décembre. Le délai est alors dépassé.

"Dans un courrier joint à l’e-mail, on me parle d’un recommandé que je n’ai jamais reçu à mon domicile", affirme la vidéaste. Anthony Valerio fait également référence à une lettre recommandée dont il n'a jamais eu connaissance dans une vidéo publiée vendredi 29 mars. Dairing Tia finit par supprimer sa vidéo le 27 février, "pour faire preuve de bonne foi". Cette dernière avait alors engrangé 51.000 vues.

Quelles paroles posent problème?

Les deux vidéastes sont attaqués pour diffamation publique. Vendredi 5 avril, ils sont convoqués au tribunal correctionnel de Paris pour une audience de consignation, qui n’est pas un procès. Ils ont choisi d’être assistés par le même avocat, maître Simon Ulrich.

"Les accusations ne semblent pas liées à une citation précise. Dans le document qui nous a été transmis, c'est l'ensemble des propos de la vidéo qui est assimilé à de la diffamation, ce qui n'a pas vraiment de sens", s'étonne maître Simon Ulrich. 

Car dans le cas d’une "citation directe", la procédure juridique employée par les avocats d’Emma Cakecup, les passages précis relevant de la diffamation doivent être indiqués, précise le site du service public. En dehors de certains cas (diffamations raciale, religieuse, sexiste ou homophobe), "si la citation n'est pas assez précise ou s'il s'avère que le motif de la plainte a été mal choisi, la victime (ici Emma Cakecup, ndlr) perdra son procès", détaille le site du service public.

Par ailleurs, si le juge estime que la procédure est abusive, l'influenceuse pourrait être condamnée à une "amende civile", d’un montant maximum de 10.000 euros. Contactés, les avocats d'Emma Cakecup n’ont pour le moment par répondu à nos sollicitations. Après la publication de l'article concernant Emma Cakecup et son compagnon, BFMTV n'a reçu aucune plainte.

des publicités très douteuses

Pour rappel, les accusations concernant Emma Cakecup et son compagnon remontent à novembre 2018. Le couple, qui met régulièrement en scène son quotidien sur Instagram, enchaînait alors les publications sponsorisées, dont certaines mettaient en avant des produits contrefaits. D'autres redirigeaient leurs fans vers des montres censées être bradées, mais vendues en réalité bien plus cher que sur d'autres sites marchands. Interrogé par BFM Tech, l'un des clients d'Oltean Vlad avait admis avoir affiché des informations trompeuses en mentionnant une provenance suisse, alors que les montres étaient livrées depuis la Chine. Il affirmait également avoir rémunéré Oltean Vlad 4.000 euros pour faire la promotion de ces produits.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech