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Facebook est-il devenu un repaire de pédophiles ?

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Facebook se veut un exemple de vertu, pourtant de nombreux pédophiles se servent des groupes du réseau social pour échanger des photos et discuter. Inquiétant.

Sur Facebook, les groupes et leur contenu ne sont visibles que de ceux qui en font partie. Et c’est bien là le problème. Une enquête de la BBC montre en effet qu’il existe sur Facebook, en toute impunité, plusieurs groupes créés et administrés par des pédophiles.

N’importe qui peut créer un groupe et choisir de le rendre "ouvert", "fermé" ou "secret". Dans ce dernier cas, il ne pourra pas être trouvé via le moteur de recherche du réseau social et seules des personnes invitées pourront le rejoindre. La chaîne britannique a donc créé un profil fictif et a réussi à accéder à certains de ses groupes.

Ce qu’elle y a trouvé a de quoi faire peur. Ces groupes ont souvent des noms explicites et on y voit de nombreuses images et commentaires pédopornographiques. Si certaines photos proviennent de coupures de presse, de catalogues de vêtements, d’autres ont été volées sur des blogs ou prises en "douce" dans des lieux publics. Dans l’un de ces groupes, la BBC raconte avoir trouvé la photo d’une fillette de 10 ou 11 ans en débardeur accompagnée du commentaire "miam miam". Un autre se spécialise dans les photos d’écolières en uniforme.

Quatre images retirées pour vingt signalements

Choqués, les journalistes en charge de cette enquête ont utilisé les outils de Facebook pour signaler 20 photos. Si des membres en ont retiré certaines, le site n’en a supprimé que quatre. Pour les autres, la réponse a été qu’elles ne contrevenaient pas aux standards de la communauté.

Écrire des commentaires vulgaires et sexuellement explicites sous la photo d’un enfant (s’il n’est pas nu) n’est pas interdit sur le réseau social. Pourtant le site fait régulièrement la promotion de son action en faveur des valeurs morales… et a inauguré un bouton d'alerte contre les prédateurs du Net en 2010. Il n'hésite pas non plus à censurer des contenus qu'il trouve "choquants", comme le tableau L'Origine du monde, la statue de la Petite Sirène ou encore la photo d'une mammographie.

Les journalistes ont donc signalé certains de ces contenus directement aux autorités et ont alerté l’Internet Watch Foundation, qui lutte contre les contenus illégaux sur Internet, ainsi que la National Crime Agency, qui se bat contre le crime organisé en Grande-Bretagne.

"Trop d'opportunités offertes aux pédophiles"

Pour la commissaire à l’enfance, Anne Longfield, Facebook n’en fait clairement pas assez pour protéger les enfants. "Je suis choquée de voir que pour le réseau ces contenus ne violent pas les règles de la communauté, a-t-elle déclaré. Tout parent ou enfant les voyants diraient immédiatement qu’ils ne sont pas acceptables." Un avis partagé par un ancien dirigeant de l’unité de protection des enfants sur Internet. "Ces groupes secrets ne devraient pas exister, explique-t-il. Ils offrent trop d’opportunités aux pédophiles."

Interrogé la semaine dernière par la BBC à l’occasion de l’Internet Safer Day, un responsable des relations publiques de Facebook a expliqué que si les journalistes avaient des éléments à lui soumettre, le réseau social enquêterait sur ces groupes et s’assurerait que les contenus inappropriés soient retirés.

Il a ajouté que Facebook se mettrait directement en contact avec les autorités pour les prévenir de l’existence de ces groupes. En revanche, une demande directe d’interview pour évoquer le sujet des groupes pédophiles n’a pas abouti.