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Cette carte montre comment la NSA écoute toutes vos communications sur Internet

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Des chercheurs canadiens ont lancé un site qui cartographie les centres d'interceptions des communications Internet de la NSA et les routes du trafic Internet, qui passent souvent à proximité de ces installations.

On connaissait déjà les capacités d'interception du trafic Internet de la NSA. Mais son illustration par des cartes montre à quel point l'agence de renseignement américaine a su tisser un réseau lui permettant de capter systématiquement le trafic en provenance de l'étranger, grâce aux fournisseurs d'accès à Internet et aux services Web américains devenus incontournables.

Des chercheurs canadiens ont lancé le projet IXmaps, qui a pour but de "développer un outil de cartographie interactif visant à aider les internautes et les chercheurs à comprendre l'itinéraire du trafic Internet, en mettant l'accent sur les problèmes de surveillance et de vie privée".

Le trio opérateurs-NSA-Google

Concrètement il s'agit d'une carte Google modifiée, sur laquelle peuvent être rajoutées plusieurs couches d'informations. Parmi celles qui nous intéressent (certaines concernent seulement les USA et le Canada) :

la localisation dans le monde entier des sites d'interceptions supposés des deux principaux opérateurs télécom américains ;

les sites d'interception des communications de la NSA aux Etats-Unis (supposés ou officiels) ;

les centres de données de Google. 

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- © ixmaps.ca

Quelques précisions sur ces différentes entités. Des sites d'interception des communications, situés aux Etats-Unis mais aussi en France et en Europe, sont installés dans des noeuds importants d'Internet opérés par les opérateurs, qui redirigent le trafic en provenance des Etats-unis ou de l'étranger vers d'autres noeuds.
La NSA posséderait aussi ses propres sites d'interception aux Etats-Unis lorsqu'elle n'a pas accès aux infrastructures de opérateurs. Elle "se sert" alors directement au niveau des câbles de fibre optique du réseau Internet.
Quant aux centres de données de Google, il s'agit autant des serveurs de l'entreprise qui hébergent ses services, comme le moteur de recherches ou YouTube, que ceux d'autres sites qui font appel à Google pour stocker leurs données. 

Les Etats-Unis, destination obligée

En regardant la carte, difficile de ne pas constater que ces différents sites sont étonnamment imbriqués. Il est rare de trouver un centre de données de Google qui ne soit pas situé à proximité de centres d'interceptions d'opérateurs ou de la NSA, en particulier aux Etats-Unis.

Google est inclus dans cette carte en raison de sa participation au programme de surveillance de masse PRISM, révélé par Edward Snowden en 2013. Malgré l'existence de centres de données de Google en Europe, le trafic d'un internaute qui consulte une site de Google en France passera souvent par les Etats-Unis.
Mais peu importe le site, tant qu'il est américain, il fera transiter l'Internaute par les Etats-Unis la plupart du temps. Même chose pour des requêtes vers l'Amérique du Sud ou le Japon, entre autres.

"Presque 100%" des communications américaines captées

C'est là que le piège de la NSA se referme. Si le trafic Internet entre aux Etats-Unis, il semble quasiment impossible qu'il ne passe pas à proximité d'un site d'interception des communications. Selon les chercheurs, ce maillage réparti dans 18 villes américaines permettrait à la NSA d'intercepter "presque 100%" du trafic Internet aux Etats-Unis.

Prenons un internaute se trouvant à Paris et qui se rendrait sur YouTube. Comme le montre la carte ci-dessous, la communication partant de France arrive d'abord sur la côte Est américaine, à Boston, ou se trouvent trois centres d'interception, avant de traverser tout le pays pour arriver dans la région de San Francisco, qui abrite plusieurs serveurs de Google et six sites d'interception de la NSA. Ce n'est que l'une des routes possibles, il en existe des dizaines d'autres. Mais comme les choses sont bien faites, elles passent le plus souvent à proximité d'un centre d'interception.

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Difficile dans cette situation d'échapper aux grandes oreilles américaines, à moins de réussir à se passer de Google, Facebook, Instagram et autres Snapchat. Bon courage.

Jamal El Hassani