BFM Tech

Bordeaux : décollage du premier vol en apesanteur ouvert au public

-

- - -

L'Airbus A300 Zéro-G de Novespace a décollé vendredi de Bordeaux-Mérignac pour le tout premier vol commercial en apesanteur en Europe, avec 40 passagers à bord... à 6 000 euros le billet.

Ils sont quarante. Quarante à avoir réalisé un vieux rêve de gosse, ce vendredi, en s'envolant à bord du tout premier vol à gravité zéro ouvert au public en Europe.
L'Airbus A300 Zéro-G de Novespace a décollé à 13h de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac pour un voyage à sensations fortes : ces 40 premiers passagers d'un nouveau genre ont payé leur billet pour vivre un vol en apesanteur. 34 hommes et 6 femmes en combinaison de vol grise, qui trouvent enfin le loisir d'imiter le déhanchement ralenti des astronautes. Outre l'aménagement très spécial de l'avion, un autre indice vient confirmer qu'on n'a pas affaire à un vol comme les autres : la carte d'embarquement des passagers indique « de Bordeaux à Bordeaux ».

6 000 euros pour s'envoyer en l'air la tête à l'envers

Le Centre national d'études spatiales (CNES), sa filiale Novespace et la société Avico inaugurent ainsi ce tout premier vol ouvert au grand public en Europe, réservé par nature à quelques happy few : chaque passager a dû débourser 5 980 euros pour deux heures de vol, au départ de Bordeaux et à destination de... Bordeaux.
En réalité, sur les 40 passagers, seuls 28 ont payé leur billet, les autres, dont 5 étudiants, ayant gagné un concours du CNES. La doyenne est âgée de 67 ans. La facture est lourde, mais bien moins que les 150 000 euros facturés pour un vol suborbital par la compagnie Virgin Galactic du milliardaire britannique Richard Branson.

Parabolique, le vol : pa-ra-bo-li-que !

Pour atteindre l'état d'apesanteur, les passagers sont « soumis » - en principe de leur plein gré - à un vol parabolique. Ces vols consistent en des phases successives de montées vertigineuses et de descentes en piqué. La trajectoire définit ainsi des « paraboles », qui permettent pendant quelques courts instants de s'affranchir des lois de la gravité terrestre. Entre ces phases forcément mémorables, les passagers bénéficient de paliers pieds au plancher - de l'Airbus - pour reprendre leurs esprits. Au total, le programme de vol comprend 15 paraboles de 22 secondes chacune, soit un peu plus de 5 minutes pleines de pesanteur réduite sur 2 heures de vol. Pour vivre cette expérience hors normes, les 40 passagers sont encadrés par l'astronaute Jean-François Clervoy, également président de Novespace, qui leur a préparé un petit cocktail de sensations. Au menu : une parabole de pesanteur martienne (0,38g), deux paraboles de pesanteur lunaire (0,16g) et trois séries de quatre paraboles en apesanteur (0g) entrecoupées de pauses de 5 minutes. Ouf. Jean-François Clervoy, lui, a juste 3 000 paraboles à son actif... mais aussi 3 vols à bord de la navette spatiale américaine.

Rendez-vous le 28 mars pour réserver votre place

En tout, ce vol aura nécessité 4 ans de préparation. La filiale du CNES, Novespace, avait bien sûr déjà effectué des vols de ce type, mais uniquement à des fins scientifiques. Un deuxième vol commercial décollera le 23 juin prochain du Salon de l'aéronautique et de l'espace, au Bourget... Pas de chance, les places sont déjà réservées. Mais qu'on se rassure, d'autres places seront mises en vente le 28 mars prochain pour un troisième vol au départ de Bordeaux-Mérignac, au mois d'octobre prochain. Au total, la campagne 2013-2014 prévoit six vols, soit 240 places disponibles.

Sensibiliser le public à la recherche spatiale

On peut voler à tout âge, à condition d'être majeur et d'avoir effectué une visite médicale similaire à celles que passent les pilotes d'avions privés. Avant d'embarquer pour un tel vol, les astronautes d'un jour doivent suivre un briefing. Une fois à bord d'« Air Zéro G », ils pourront expérimenter la lévitation et manipuler des objets. L'idée est de sensibiliser le grand public à la recherche spatiale, avait précisé en décembre dernier Jean-François Clervoy, astronaute de l'Agence spatiale européenne (ESA). Le prix de cette folie spatiale couvrira tous les coûts de l'opération et les bénéfices réalisés permettront de financer un avion du futur. La fréquence de ces vols, qui s'ajouteront aux six vols annuels réservés à des missions scientifiques, pourrait augmenter à partir de 2015 en fonction de la demande.

« Quand vous y avez goûté, vous en reprenez »|||

Ces tout premiers candidats européens « grand public » à un vol en apesanteur viennent d'horizons très différents. La majorité sont Français, dont un financier venu tout spécialement du Japon. Mais il y a aussi des Suisses, des Belges, un Cubain résidant en Angola - à qui sa femme a fait une surprise -, et une Turque propriétaire d'une chaîne d'hôtels.
Une autre passagère venue de Suisse avait déjà effectué un premier baptême aux Etats-Unis en 2010 : « Quand vous y avez goûté, vous en reprenez, c'est trop bon » confiait-elle avant le décollage de ce vendredi à Bordeaux. A condition d'en avoir les moyens !

Alexandre Le Mer, avec agences