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Alain Juppé contre François Fillon: qui a le meilleur programme tech?

François Fillon et Alain Juppé

François Fillon et Alain Juppé - Eric FEFERBERG, AFP

Si les deux candidats annoncent sans surprise vouloir soutenir les start-ups et accélérer le déploiement du très haut débit, leur position diffère cependant sur le piratage, l’e-santé ou encore le code à l’école.

Geek revendiqué, François Fillon consacre une part importante de son programme au numérique. Mais Alain Juppé n'est pas en reste avec un cahier spécial bien fourni. Nous avons passé au crible leurs propositions.

Piratage : retour à la répression pour Fillon

François Fillon est très enthousiaste vis-à-vis de la Hadopi. Il faut dire qu’il était premier Ministre au moment de sa création. Difficile de renier une haute autorité que l’on a contribué à créer ! Le candidat veut renforcer le rôle pédagogique de la Hadopi "pouvant aller de la "réponse graduée" pour les internautes jusqu’à une amende administrative, et par les voies pénales ou la pression sur les acteurs commerciaux ".

Alain Juppé se montre, lui, beaucoup plus vague, en annonçant vouloir évaluer l’action de la Hadopi, afin "d’ajuster au mieux ses modalités d’intervention à l’évolution des pratiques".

Vie civique : Juppé veut que les citoyens contribuent à l’élaboration des lois

Alain Juppé entend que les citoyens puissent contribuer à l’élaboration de projets de lois grâce au numérique. Il projette, par exemple, de mettre en place une plateforme engageant le gouvernement à répondre publiquement à toutes les pétitions portées par plus de 100 000 signataires en 30 jours.

De son côté, François Fillon souhaite généraliser le vote électronique pour chaque consultation, trouvant quelque peu étonnant que le vote se fasse encore par dépouillement manuel. Son adversaire est favorable au dispositif mais uniquement pour le vote des Français de l’étranger.

Libertés individuelles : les deux candidats pour un tour de vis

Les deux hommes consacrent un gros volet de leur programme à la sécurité qu’ils veulent renforcer sur le territoire français, quitte à réduire nos libertés individuelles.

Ainsi, François Fillon s’est déclaré à plusieurs reprises dans les médias pour le fichier TES, le projet d’une gigantesque base de données du ministère de l’Intérieur qui rassemblerait des informations personnelles, les empreintes digitales et les photographies de tous les possesseurs d’une carte d’identité ou d’un passeport français. Il veut aussi remettre sur la table la carte nationale d’identité biométrique pour laquelle il avait œuvré lorsqu’il était premier ministre mais qui avait été ensuite enterrée par les Socialistes. Il promet enfin de surveiller davantage les réseaux sociaux pour lutter contre le terrorisme.

Alain Juppé veut généraliser l’utilisation des nouvelles technologies (biométrie, reconnaissance comportementale et faciale, etc …). Il veut aussi "sanctionner effectivement" les personnes qui consultent des sites djihadistes –la loi existe déjà mais n’est pas appliquée- et "imposer aux fournisseurs d'accès à Internet de fournir des clefs de déchiffrement des logiciels cryptés utilisés par les terroristes, et fermer les sites djihadistes." Sur ce point, Alain Juppé s'emmêle d'ailleurs les pinceaux : les FAI sont dans l'incapacité technique de fournir ces clés... 

Très Haut Débit : accélérer le déploiement sans la Fibre

Les deux candidats dressent un constat sévère du Plan Très Haut Débit mené par l’actuel gouvernement. Trop ambitieux, trop compliqué et trop long à mettre en œuvre. Pour accélérer son déploiement, François Fillon propose d’imposer "la neutralité technologique". Les aides financières ne seraient plus conditionnées à l’emploi de la fibre et seraient étendues au câble et "au cuivre modernisé".

Même écho chez Alain Juppé qui souhaite favoriser des accès transitoires grâce "à un mix technologique composé de la fibre, de la montée en débit DSL, de technologie hertzienne box 4G ou encore du satellite".

Cybersécurité : Alain Juppé à l’avant-poste

Alain Juppé veut que l’Etat développe une stratégie opérationnelle dans le domaine des cyberattaques, renforce la formation des magistrats à la cybersécurité et contribue à créer une agence européenne de sécurité des systèmes informatiques. Enfin, il propose de mettre en place un nouveau partenariat entre l’Etat et les entreprises sous forme d’un pacte pour la cybersécurité.

François Fillon ne fait qu’évoquer le sujet, parlant notamment de renforcer la coordination au niveau européen. 

Santé : Fillon veut des assistants virtuels pour les médecins

François Fillon veut généraliser un programme à la "Watson", cette intelligence artificielle d’IBM capable d’aider les médecins à poser un diagnostic et à affiner un traitement. Alain Juppé parle seulement le fait de "lever les blocages au développement de l'e-santé" sans plus de détails.

Education : François Fillon veut faire apprendre le code

Le député de Paris se montre le plus concret et le plus clair sur plan de l’éducation. Il propose, pêle-mêle, de former des professeurs spécialisés, d’instaurer un CAPES informatique, et d'enseigner l’informatique dans chaque cycle en introduisant carrément des rudiments de code dans les programmes, dès la primaire. Le numérique relèverait de la responsabilité du chef d’établissement et de son équipe pédagogique et 25% des manuels devraient passer au format numérique.

Alain Juppé ne parle que de sensibilisation aux logiques de la programmation et de favoriser la maîtrise des outils numériques à l’école. Il envisage des "junior start-up dans les établissements secondaires" et davantage d’incubateurs hébergés par les universités et les écoles.

Formation : place au e-learning

Le maire de Bordeaux veut renforcer la formation continue des professionnels du numérique mais aussi favoriser d’autres genres de formations pour tout le monde, notamment l'apprentissage en ligne. 

François Fillon est sur la même longueur d’onde en prévoyant de consacrer 100 millions d’euros annuels à l'e-learning. Il pense aussi à un "plan national de lutte contre l'exclusion du numérique" pour combattre "l'illectronisme".

Economie : favoriser les start-ups

François Fillon prévoit un important arsenal fiscal. Il veut copier le dispositif britannique permettant d’accorder une réduction d’impôt de 30% du montant investi par chaque citoyen dans une start-up. Des exemptions d’impôts sont prévues aussi sur les plus-values au bout de 3 ans et le fisc prendrait en charge les pertes en capital à hauteur de 50%.

Dans le programme d’Alain Juppé, on note des mesures fiscales pour favoriser les business angels et soutenir les start-up. Il compte aussi assouplir le droit du travail avec notamment des "contrats en 3 clics" et zéro charge afin de faciliter les embauches dans l’économie collaborative, le développement du statut d’auto-entrepreneur et une enveloppe supplémentaire pour accélérer la numérisation des PME.