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Trop intrusives, les caméras de détection de masques désactivées à Paris et à Cannes

Châtelet-les-Halles menait une expérimentation de reconnaissance de port du masque.

Châtelet-les-Halles menait une expérimentation de reconnaissance de port du masque. - STEPHANE DE SAKUTIN

La RATP a coupé court à une expérimentation de suivi du port du masque, lancée dans le métro parisien de Châtelet-les-Halles. Les voyageurs n'avaient aucune possibilité de signifier leur refus.

Elles étaient actives depuis le 6 mai, et devaient l'être pour trois mois. Les caméras "intelligentes" déployées dans le métro parisien, et plus précisément dans la station de Châtelet-les-Halles, pour suivre et mesurer le port du masque ont été mises en pause pour une durée indéterminée, fait savoir la RATP.

Un coup d'arrêt a été porté à cette expérimentation, qui permettait jusqu'à présent d'évaluer dans quelle mesure les usagers du métro se pliaient aux consignes sanitaires. Ces mêmes usagers étaient en effet seulement prévenus de l'existence de ce test, sans pouvoir s'y soustraire. Six caméras avaient dans un premier temps été activées et douze devaient l'être à terme. Toutes étaient équipées d'un détecteur de masques, conçu par la start-up française Datakalab. Le suivi réalisé permettait d'obtenir, en temps réel, le nombre exact et le pourcentage de personnes masquées, sans finalité de verbalisation.

"Depuis le 12 juin, la RATP a décidé de suspendre temporairement l’expérimentation sur la détection du port du masque à Châtelet, afin de compléter le dispositif de droit d’opposition tel que demandé par la CNIL", note le service de transports auprès de BFM Tech.

Pas de droit d'opposition

Le 17 juin, par un avis rendu public, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a rappelé le droit de chacun à s'opposer à la captation de son image dans l'espace public, en vertu du règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur dans l’Union européenne. L'institution s'est montrée particulièrement précautionneuse au sujet des caméras "intelligentes", telles qu'utilisées dans la station de Châtelet-les-Halles.

"Si les objectifs de ces dispositifs censés contribuer à la lutte contre la propagation du coronavirus sont “le plus souvent légitimes (...), leur développement incontrôlé présente le risque de généraliser un sentiment de surveillance chez les citoyens, de créer un phénomène d’accoutumance et de banalisation de technologies intrusives, et d’engendrer une surveillance accrue”, écrit-elle dans son communiqué, en soulignant le risque de "porter atteinte au bon fonctionnement de notre société démocratique".

Ces dispositifs, poursuit la CNIL, ne doivent par ailleurs être déployés qu’avec le consentement des personnes filmées ou s’ils sont “nécessaires” aux objectifs poursuivis, avec l'impératif de répondre au principe de “proportionnalité”, et donc de ne pas porter une atteinte disproportionnée à la vie privée.

Contactée par BFM Tech, la société Datakalab n'indique pas encore de quelle manière ses caméras pourront s'assurer du consentement des usagers de la RATP, ni même quand l'expérimentation pourrait reprendre. Dans trois marchés de Cannes, ville avec laquelle Datakalab avait également noué un partenariat, les passants étaient invités à manifester leur refus de participer à une expérimentation similaire, d'un simple signe "non" de la tête. La solution avait été jugée impraticable par la Cnil. La mairie de Cannes indique que cette expérimentation a, elle aussi, été suspendue. Elle avait néanmoins vocation à accompagner le déconfinement, et non à se prolonger indéfiniment.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech