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Quand les candidats de la Star Academy saccagent leur château

Le château a été revendu 3,8 millions d'euros en 2008

Le château a été revendu 3,8 millions d'euros en 2008 - Wikimedia commons cc Pontet

Le télé-crochet se déroulait dans un château à Dammarie-les-Lys. Il a été rendu dans un très mauvais état à ses propriétaires, qui ont saisi la justice pour obtenir des dommages.

Souvenez-vous. De 2001 à 2008, la Star academy se déroulait au Château des Vives eaux, une bâtisse du 18ème siècle située à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne). Le château était loué pour 26.682 euros par mois à la société Siprobat de François Dussault.

Lorsqu'Endemol (producteur de la Star ac) rend le château, en août 2008, il est dans un sale état: murs tagués, vitres cassées, moulures détruites, cloisons abattues... à en croire le propriétaire François Dussault qui chiffre les dommages à 700.000 euros et déclare au Parisien: "La production de la Star Ac a saccagé le château! C'était ignoble! On a découvert des choses abominables". Le propriétaire cite notamment "un plancher qui pourrit" à cause d'une salle de bains crée par la production "sans prévoir d'étanchéité".

Des toiles de maître qui disparaissent

Mais ce n'est pas tout. Le propriétaire déplore aussi la disparition de "meubles anciens, lustres et toiles de maître. [...] Au total, ce qui m'appartenait représente environ 150.000 euros". Il note que, lors du départ d'Endemol, "une cinquantaine d'entreprises sont intervenues. Il y a eu un défaut de surveillance". 

"Ils ont gagné plein d'argent avec la Star Ac, ils ont les moyens de se comporter correctement", pointe le propriétaire, qui tente d'obtenir des dommages, mais cela s'avère complexe. D'abord, juste avant le départ d'Endemol, il a revendu le château en avril 2008 pour 3,8 millions d'euros à Fortis Lease, qui a conclu un contrat de leasing avec la SCI Domaine des Vives eaux appartenant à un industriel varois, Jean-Michel Pontet, qui veut y organiser des événements.

Ensuite, l'ancien propriétaire disposait bien d'une caution de 133.413 euros, accordée par la banque Neuflize OBC, mais elle ne porte que sur les loyers.

Et, selon la banque, l'inventaire dressé à l'arrivée d'Endemol en 2001 ne mentionne pas les trois tableaux de maître. Toujours selon la banque, "aucun PV de constat n'a été dressé" au départ d'Endemol.

Endemol gagne sur toute la ligne

Concernant le mobilier disparu, l'ancien propriétaire porte plainte devant le tribunal de commerce, fournissant à l'appui des captures d'écran de l'émission montrant les objets disparus. Mais il perd en référé, en première instance puis en appel, et lâche alors l'affaire. Pour la cour d'appel:

"Le bailleur n'a fait procéder à aucun inventaire contradictoire du mobilier lors de l'entrée d'Endemol dans les lieux, circonstance incompatible avec la remise de la garde du mobilier à Endemol;
Le contrat prévoyait que le gardien du domaine, choisi, engagé et rémunéré par le propriétaire Siprobat continuerait à exécuter ses missions habituelles;
La convention entre le propriétaire Siprobat et Endemol n'a donc pas pu investir Endemol de la garde du mobilier;
Sont insuffisantes les seules images issues des émissions de télévision tournées par Endemol dans le château sur lesquelles certains des meubles dont le propriétaire argue de la disparition sont tantôt présents tantôt absents;
Aucune obligation de restitution ne pesait donc sur Endemol, ni gardienne ni dépositaire des meubles;
Le propriétaire Siprobat, qui conservait, par son gardien rémunéré, l'accès au domaine et la surveillance de celui-ci, ne démontre pas que la disparition des meubles serait le fait d'une négligence ou d'une imprudence imputable à Endemol."

Concernant les dégâts, le nouveau propriétaire Jean-Michel Pontet transige en janvier 2009 pour 270.000 euros. Mais il n'arrive pas à payer son leasing. Sa SCI Domaine des vives eaux est placée en redressement judiciaire en 2010, puis en liquidation en 2011. Finalement, il rachète le château en 2013 à Fortis Lease, via une autre société, la SCI Château des vives eaux. "Le château n'est pas à l'abandon, il est en travaux, et sera loué pour des mariages l'année prochaine", déclare Jean-Michel Pontet.

Contacté, François Dussault n'a pas souhaité faire de commentaires, et l'avocat d'Endemol Stéphane Hasbanian n'a jamais répondu.

NB: l'article a été mis à jour le 10 août avec les déclarations de Jean-Michel Pontet

Jamal Henni et Simon Tenenbaum