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Rencontre avec Hubo, le robot qui a terrassé l'Atlas de Google

Le robot coréen Hubo de l'Institut Kaist.

Le robot coréen Hubo de l'Institut Kaist. - 01net.com

Avec son humanoïde, le prestigieux Institut coréen Kaist a raflé l’année dernière la compétition mondiale qui opposait les meilleurs robots d’assistance du monde. Nous avons pu l’approcher de très près.

Il peut saisir un objet, courir, danser, taper dans une balle et même monter des escaliers. Le robot humanoïde Hubo ne recule devant aucune épreuve que lui inflige le professeur d’ingénierie mécanique Jun-Ho Oh, à la tête du laboratoire de robotique de l’Institut Kaist (Korean Advanced Institute of Science and Technology) à Daejeon en Corée du Sud. Hubo a eu l'occasion de nous le prouver en personne, comme c'est le cas dans cette vidéo, quand nous l'avons rencontré. Pour l'occasion ce bipède star était affublé d'un étonnant bonnet de Noël.

Cette épreuve, Hubo l’a réalisé à la perfection au mois de juin de l’année dernière lors de la finale Darpa Robotics Challenge, un prestigieux concours de robotique organisé par la branche recherche de l'armée américaine. Au point de rafler la première place et de faire empocher à l’équipe de Jun-Ho Oh un chèque de 2 millions de dollars.

Le chèque empoché par Kaist au concours de la Darpa en 2015.
Le chèque empoché par Kaist au concours de la Darpa en 2015. © 01net.com

A cette occasion, 25 équipes académiques ou privées s'étaient affrontées pour concevoir le meilleur robot d'assistance. Une machine capable de suppléer l'homme dans des zones sinistrées comme après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Pour cela, les prototypes devaient accomplir une succession de tâches physiques sur un terrain accidenté. Le tout en semi-autonomie, car les communications étaient volontairement dégradées entre les robots et les opérateurs. Un véritable parcours du combattant nécessitant d'ouvrir des portes, de conduire un véhicule, d'actionner des tuyaux d'incendie ou encore de transporter des débris. Le tout en moins d’une heure si possible. Au final, Hubo n’avait mis que 44 minutes pour venir à bout de tous ces obstacles, tandis que ses rivaux étaient tombés la plupart du temps, lamentablement.

Le professeur Jun-Ho Oh, à la tête du laboratoire de robotique de l’Institut Kaist.
Le professeur Jun-Ho Oh, à la tête du laboratoire de robotique de l’Institut Kaist. © 01net.com

Si Hubo a battu à plates coutures des concurrents aussi célèbres que le robot américain Atlas de Boston Dynamics, c’est principalement en raison de son design. "Nous avons fait le choix d’un robot qui devait avant tout réussir à rester stable contrairement à d'autres machines parfois plus perfectionnées mais trop flexibles et sans équilibre", nous explique Jun-Ho Oh. Hubo se distingue par son torse qui peut opérer des rotations à 180 degrés et sa capacité à passer de la position debout à une posture assise sur ses genoux. Ses pinces, à l’extrémité des bras, lui permettent de saisir de nombreux outils.

Il dispose d'articulations puissantes assurant facilement les changements de position. Chaque moteur a été, en outre, doté d'un système de climatisation. Le robot marche ainsi de façon particulièrement fluide pour un bipède et avance rapidement grâce aux quatre roues incorporées dans ses genoux. Tout en aluminium, il chute rarement malgré ses 160 centimètres de haut et ses 80 kilos.

Niveau capteurs, il est doté d’une caméra, d’un lidar, d’un gyroscope et d’un capteur de force. Il peut ainsi soulever jusqu’à 20 kilos de charge. Son autonomie s’élève à une douzaine d’heures.

La caméra en haut à droite et le lidar en bas à gauche.
La caméra en haut à droite et le lidar en bas à gauche. © 01net.com

A l'origine, son nom officiel est le DRC-Hubo. Il est même issu d'une longue lignée d'humanoïdes conçue à partir de 2002 au laboratoire de robotique de Kaist : les KHR-Hubo. L'institut universitaire a développé à partir de 2002 un bipède censé concurrencer le japonais Asimo. Le premier modèle a été commercialisé en 2005. Ses performances n'avaient alors pas égalé celles d'Asimo mais son prix défiait déjà toute concurrence. Une dernière version est sortie en 2011, avant que Jun-Ho Oh ne reprenne le projet baptisé DRC-Hubo, dans le cadre du concours de la Darpa.

Coût du robot actuellement : environ 500 000 dollars. Mais il n’est pas question pour le moment de le commercialiser. Hubo reste un prototype. "Il en existe 7 exemplaires dont 5 sont partis aux Etats-Unis pour servir principalement à de la recherche dans des universités pour étudier les interactions hommes-machines", détaille le professeur Jun-Ho Oh. S’il ne renonce pas au rêve de voir un jour Hubo porter assistance à des victimes, il reste modeste sur les progrès que son robot humanoïde peut réaliser à court terme. "La prochaine étape, c’est de rendre Hubo plus robuste", annonce-t-il avec prudence.

Amélie Charnay, envoyée spéciale en Corée du Sud