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Finance, espionnage, génétique: ces mauvaises manipulations d’Excel qui ont conduit à des désastres

Une mauvaise manipulation d'Excel a pesé sur le décompte des cas de Covid-19 au Royaume-Uni.

Une mauvaise manipulation d'Excel a pesé sur le décompte des cas de Covid-19 au Royaume-Uni. - Excel

Le Royaume-Uni a un temps sous-estimé le nombre de cas positifs de Covid-19 en raison des limitations techniques d’Excel. D’autres bévues ont par le passé eu des conséquences parfois dramatiques.

Tenir le registre de contamination national sur Excel est un pari bien périlleux. Des responsables des autorités sanitaires britanniques ont sous-évalué de près de 16.000 cas le nombre de contaminations au Covid-19 dans le pays. Le problème, depuis réglé, a empêché de prévenir les cas-contacts de ces mêmes individus testés positifs, soit près de 50.000 personnes. Il tenait à une simple méconnaissance d’une vieille version d'Excel 2003 et de ses limites techniques.

Aussi vénéré que détesté, Excel, le tableur de Microsoft, est un des logiciels les plus connus au monde. Indispensable pour beaucoup, il implique un certain savoir-faire et, pour les plus aguerris, des manipulations d'une extrême complexité. Certaines erreurs enfantines et qui auraient facilement pu être évitées ont néanmoins par le passé eu des conséquences monumentales. Retour sur plusieurs bévues emblématiques.

Des cellules fantômes chez Barclay’s

Dissimuler une cellule sur Excel ne revient pas à la faire disparaître complètement. La méconnaissance de ce détail technique aura coûté cher à Barclays. Par une erreur de reformatage, la banque britannique a comptabilisé 179 contrats d'achats d'actifs de la banque Lehman Brothers en trop.

Ces derniers étaient inscrits dans des lignes cachées, et marqués d'un "n" pour signifier qu'ils ne devaient pas faire partie de l'accord final, rapportait en 2008 le média financier Finextra. L'erreur aura valu au cabinet d'avocats de Barclays Capital de déposer une requête auprès d'un tribunal new-yorkais, afin que les contrats non désirés soient exclus de l'accord final. La somme finale déboursée par Barclays pour enterrer cette mauvaise manipulation n'a pas été divulguée.

Les renseignements britanniques induits en erreur

Le MI5, prestigieux service de renseignement britannique, a lui aussi fait les frais d’une erreur Excel. En 2010, l’agence a indûment récolté des données sur les détenteurs de 134 numéros de téléphone. Une erreur de formatage, là aussi, avait conduit à la modification de leurs trois derniers chiffres par "000".

"Les données d'abonnés récoltées n'avaient aucun lien et n'étaient en rien pertinents par rapport aux enquêtes ou opérations entreprises par le service de sécurité", écrivait ainsi Sir Paul Kennedy, alors commissaire aux communications, dans son rapport annuel de 2010. La cause de l'incident n'a pas été entièrement élucidée.

Des tickets pour les Jeux Olympiques vendus à perte

L'une des plus grosses erreurs liées à Excel ces dernières années, britannique une fois de plus, a été commise en amont des Jeux Olympiques de Londres. Elle aura conduite à la mise en vente de 10.000 tickets d'entrée en trop, pour une raison bien simple: l'un des employés chargés de la billetterie avait inscrit "20.000" au lieu de "10.000" dans la case consacrée au nombre de billets d'entrée pour assister aux épreuves de natation synchronisée, rapportait BBC News en 2012.

En compensation, les 3.000 clients ayant acheté ces tickets fictifs ont été surclassés et invités à participer à des épreuves plus populaires, de fait plus chères. Une opération à perte pour les organisateurs.

Un plus pour un moins

L'affaire dite "Magellan", du nom d'un fonds d'investissement géré par la société américaine Fidelity Investments, fait encore date en matière d'erreur Excel. En 1995, le New York Times relate une faute commise par l'un des comptables de l'entreprise: en oubliant de renseigner un signe "-" au début d'une cellule, ce dernier comptabilise un gain de plus d'un milliard de dollars, au lieu de l'inscrire comme une perte.

La bourde, à 1,3 milliard de dollars, est répercutée sur les actionnaires, qui se trouvent privés d'une partie de leurs versements de fin d'année, fixés à 4,32 dollars par action. A la découverte de cette malheureuse confusion, le directeur général de Fidelity Investments de l'époque, J. Gary Burkhead, fait un constat cinglant: "Certaines personnes nous ont demandé comment, à l'ère de la technologie, une telle erreur avait pu être commise", rapportait l'agence de presse AP News. Le nom du comptable incriminé n'a, lui, pas été ébruité.

Fausses cellules et génétique

La propension d'Excel à transformer automatiquement des instructions en dates a causé son lot de dégâts dans le milieu scientifique. Vingt-sept noms de gènes humains ont en l'occurence dû être modifiés par le comité de chercheurs dédiés, le Human Gene Nomenclature Committee, après avoir été mal compris à plusieurs reprises par le tableur, expliquait cette année le site américain The Verge.

Concrètement, les noms des gènes SEPT1 et MARCH1 étaient systématiquement transformés en dates, dès lors qu'ils étaient entrés dans un tableur Excel. Ils officient désormais sous des noms nouveaux: SEPTIN1 et MARCHF1.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech