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Facebook a reçu 58.000 euros pour diffuser des publicités décourageant l’IVG

Capture d'écran de la page Facebook “IVG : vous hésitez ? Venez en parler !"

Capture d'écran de la page Facebook “IVG : vous hésitez ? Venez en parler !" - BFMTV

Plus de 300 publicités, mettant en avant des témoignages de jeunes femmes à propos de leur IVG, ont été mises en ligne sur le réseau social depuis avril 2019. Avec des contenus parfois choquants.

Un fœtus ensanglanté. C’est ce qu’ont pu voir apparaître sur leur fil Facebook plus de 200.000 jeunes femmes de 18 à 34 ans entre le 21 octobre et le 9 novembre 2020. Ces publicités ont été diffusées par Facebook après l’achat de nombreuses campagnes par la page “IVG : vous hésitez ? Venez en parler !”. Au total 320 publicités ont été diffusées par ce biais, pour un total de plus de 58.000 euros.

Une plateforme bien connue

Derrière cette page, on retrouve la même équipe que celle du site IVG.net, en bonne place des résultats Google liés au terme "IVG", épinglé à plusieurs reprises pour son information biaisée visant à décourager l’avortement.

Une plateforme vieille de dix ans, qui a même inspiré le délit d’entrave à l’IVG, une loi adoptée en 2017 pour punir le fait de tromper une personne ou d’exercer des pressions sur elle pour éviter le recours à l’interruption volontaire de grossesse.

Depuis avril 2019, la page “IVG : vous hésitez ? Venez en parler !” semble avoir trouvé la parade: acheter de la publicité à Facebook pour publier des centaines de témoignages supposés de femmes ayant eu recours à l’IVG et le regrettant amèrement, ou ayant renoncé à l’avortement malgré la pression de leur entourage. Une stratégie déjà relevée par le site Numerama en juin 2019.

Capture d'écran de la bibliothèque publicitaire de Facebook
Capture d'écran de la bibliothèque publicitaire de Facebook © BFMTV

De tels témoignages restent en effet en dehors du champ du délit d’entrave à l’IVG, dont la définition repose sur des critères précis, impliquant par exemple de fausses informations ou des menaces explicites.

“Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le fait d'empêcher ou de tenter d'empêcher de pratiquer ou de s'informer sur une interruption volontaire de grossesse [...] notamment par la diffusion ou la transmission d'allégations ou d'indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d'une interruption volontaire de grossesse” détaille ainsi la loi, précisant viser le fait d'exercer des “pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d'intimidation”.

Pour chaque campagne, des sommes allant de 100 à 600 euros ont été dépensées. L’équipe d’IVG.net utilise les possibilités de Facebook en matière de ciblage publicitaire pour viser exclusivement des jeunes femmes vivant en France, dans la tranche d’âge 18-34 ans.

“Je me frappe constamment!”

“Depuis ce jour , je ne passe plus des nuits complètes ! Je me frappe constamment! Je ne mange presque plus” peut-on lire dans l’un des nombreux textes faisant allusion à l’avortement. Le témoignage accompagné de l’image du fœtus en sang a ainsi été promu grâce à l’un des plus gros investissements de la page qui a mis 500 euros sur la table.

Capture d'écran de la bibliothèque publicitaire de Facebook
Capture d'écran de la bibliothèque publicitaire de Facebook © BFMTV
“Nous privilégions les témoignages de femmes qui souffrent de leur IVG. Et de fait nous recevons beaucoup de témoignages dans ce sens ! C'est un peu notre ‘spécificité’. Les autres sites informatifs (et très axés sur le droit à l'IVG) sont très nombreux.” explique un porte-parole d’IVG.net à BFMTV, revendiquant un militantisme “néo-féministe”.

Il assume par ailleurs le fait que l’intégralité des publicités intègrent un témoignage ayant vocation à provoquer une hostilité vis-à-vis de l’IVG.

“Ce n'est pas un hasard si nous avons 100.000 likes sur cette page. Cela correspond à un vrai besoin. c'est un espace de parole pour des femmes en souffrance autant qu'un espace de réflexion avant l'IVG” appuie-t-il.

Auprès de BFMTV, Facebook estime que les publicités achetées par cette page sont pour la plupart conformes à ses conditions d’utilisation. Le réseau social a cependant admis que la publication affichant l’image du fœtus ensanglanté n’était pas conforme à ses règles liées aux contenus choquants, plusieurs semaines après la fin de sa diffusion.

A ce jour, douze campagnes publicitaires ont été retirées par l’entreprise californienne pour non-respect de ses règles. Avec, en théorie, des sanctions pouvant aller jusqu’à l’interdiction d’acheter de nouvelles campagnes publicitaires. Facebook n’a pas précisé avoir pris de sanctions à l'encontre d’IVG.net.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech