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Tous les services de renseignement américains ont désormais un accès direct à l'espionnage de la NSA

Le siège de la NSA à Fort Meade (Maryland)

Le siège de la NSA à Fort Meade (Maryland) - HO / NSA / AFP

La puissante agence de renseignement électronique ne filtrera plus les informations qu'elle transmet aux 16 autres services de renseignement américains, qui pourront directement accéder à sa sa surveillance de masse.

Désormais, toutes les agences de renseignement américaines profiteront d'un accès direct aux vastes programmes de surveillance de masse et d'interceptions des communications de la NSA. D'après le New York Times, l'administration Obama a étendu début janvier les pouvoirs de la NSA, la principale agence de renseignement électronique américaine, en matière de partage des communications interceptées. 

Jusqu'ici, la NSA devait filtrer les informations qu'elles partageait avec le reste de la communauté du renseignement, explique le New York Times, par exemple pour ne pas inclure les identités d'innocents ou des informations personnelles inutiles.

Améliorer le partage d'informations entre agences

Désormais, les seize autres agences de renseignement, comme le FBI (police fédérale) ou la DEA (lutte contre le trafic de drogue), auront un accès non filtré aux communications interceptées par la NSA: transmissions satellite, appels, SMS et e-mails échangés sur le sol américain, mais aussi à l'étranger. Ce sera à ces agences d'appliquer les protections de la vie privée, dont s'occupait jusqu'ici la NSA, lorsqu'elles collecteront ces informations. Pour accéder à ces données, les autres agences devront tout de même effectuer une demande préalable à la NSA, en visant un flux de surveillance spécifique et en justifiant pourquoi il contient des informations utiles.

L'objectif de ce changement est d'améliorer le partage d'informations entre services de renseignement, afin d'éviter que la NSA ne partage pas une information qui lui paraît secondaire, mais pourrait s'avérer cruciale aux yeux d'un autre agence.

Des abus potentiels

Mais les défenseurs des libertés individuelles, comme l'ACLU, y voient une nouvelle détérioration des protections de la vie privée. "Les procédures dévoilées autorisent plus d'agences [de renseignement] à accéder directement aux informations collectées par la NSA, sans mandat, via des démarches grossièrement inadéquates", dénonce l'ACLU sur son site Internet. L'organisation s'inquiète que "des agences chargées d'instruire des crimes domestiques, de réguler nos politiques financières ou de faire appliquer notre politique d'immigration auront désormais accès à une foule d'informations personnelles qui pourraient être utilisées à mauvais escient."

Théoriquement, les autres agences de renseignement ne peuvent pas avoir accès à ces données pour des affaires criminelles ordinaires. Il doit s'agir d'enquêtes liées au renseignement ou au contre-espionnage. Sauf que si elles "tombent" sur une preuve qu'un individu a commis un crime ordinaire, elles doivent le faire savoir à la justice américaine. Ce qui fait craindre aux critiques des abus, en particulier avec l'arrivée au pouvoir imminente de Donald Trump.

Jamal El Hassani