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Euro 2016 : comment nos stades sont protégés d’une attaque de drone

Un drone survolant le quartier de la Défense à Paris, le 27 février 2015.

Un drone survolant le quartier de la Défense à Paris, le 27 février 2015. - Dominique Faget - AFP

Des systèmes anti-drones ont été installés à proximité de la plupart des rencontres de la compétition. Les engins sont détectés grâce à un ensemble de capteurs et peuvent ensuite être neutralisés avec des techniques de leurre ou de brouillage des communications.

Parmi les scénarios d’attentats redoutés par le service de sécurité de l’Euro 2016, il en est un qui suscite tous les fantasmes : l’attaque de drone. Même s’il ne s’est jamais produit, il est pris très au sérieux depuis que des survols illégaux sont survenus au-dessus de centrales nucléaires, du périphérique ou encore de l’Elysée ces deux dernières années. Des zones d’interdiction ont donc été décrétées à proximité des stades. Mais pas seulement. Pour la première fois en France, des systèmes anti-drones ont été déployés "pour la plupart des matchs", comme l’a révélé au Figaro le chef de la sécurité de l’Euro 2016 Ziad Khoury en mai dernier.

Et il ne faut pas être Sherlock Holmes pour deviner quelle solution a été retenue, même si l’organisation de la compétition se refuse à officialiser le nom de l’heureux élu. L’Etat avait lancé un appel d’offres dès 2014. Deux consortiums français avaient alors répondu à l’appel : ANGELAS, piloté par l’ONERA, et BOREADES, mené par le groupe CS. Or, seul ce dernier est aujourd’hui opérationnel après plus d’un an de tests dans le Sud de la France. Présent cette semaine au salon Eurosatory, le groupe CS a vu défiler de nombreux pays très intéressés par le fonctionnement de BOREADES.

Les différents capteurs postés à proximité des zones à protéger d'un survol de drone.
Les différents capteurs postés à proximité des zones à protéger d'un survol de drone. © CS

Efficace à plus d'un kilomètre

Première étape, détecter le drone. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, il faut installer plusieurs capteurs à distance de la zone à protéger. Avec un peu plus d’un kilomètre de portée, il n’est pas nécessaire de les exposer sous le nez du public ni qu’ils soient particulièrement discrets. "Il nous faut du radar, de la capacité infra-rouge et de la capacité optique", résume Jehan-Christophe Charles, conseiller chez CS.

Le radar consiste à émettre des ondes électromagnétiques qui se réfléchissent sur l’engin. Les radars actifs permettent même de déterminer la vitesse, la position du drone et de suivre sa trajectoire. On compte également des caméras Ultra Haute Définition, associées à un traitement d’images 3D (optronique) qui peuvent être dotées de balayage laser. Elles servent à reconstituer l’apparence du drone. L’infrarouge permet de distinguer si l’objet émet plus ou moins de la température pour ne pas le confondre avec un oiseau.

La console BOREADES présentée sur le salon Eurosatory.
La console BOREADES présentée sur le salon Eurosatory. © 01net.com

Les informations sont envoyées sur la console BOREADES dont on peut voir la version fixe sur cette photo mais qui peut aussi être embarquée. Elle se compose d’un premier écran tout en haut affichant la vision à 360 degrés des caméras infrarouge, un second écran qui présente la synthèse des données provenant des trois types de capteurs sur une carte. "Cela permet d’avoir une représentation visuelle de la situation", précise Jehan-Christophe Charles. Encore en-dessous à gauche, un petit écran affiche le drone poursuivi, et à droite, c'est l'espace de gestion du système.

La décision de neutraliser un drone est prise par un homme

Le système n’est absolument pas automatisé. C’est à l’opérateur de déterminer s'il s’agit bien en définitive d’un drone. Si ce dernier survole une zone interdite, la décision est prise de le neutraliser.

Plusieurs options s’offrent alors. La première consiste à brouiller la télécommande du drone. "On brouille le récepteur du drone qui est saturé, il ne reçoit plus d’informations et croit alors qu’il a perdu son pilote donc il revient vers lui. Ce qui peut permettre de le localiser", nous détaille Jehan-Christophe Charles.

Autre solution, brouiller le GPS. Le drone est alors perdu et descend immédiatement pour se poser. Il ne peut pas redécoller tant qu’il n’y a pas eu d’action manuelle. Enfin, il reste la possibilité de prendre le contrôle du drone en le leurrant et en agissant sur son système de navigation. Mais le groupe CS a refusé de nous expliciter ce dernier point. "Nous ne sommes pas autorisés à vous en parler", s’est-on vu répondre. Que les fans de foot se rassurent, côté drone, nos stades semblent ne rien avoir à craindre...