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Découvrez les repaires de ceux qui vous surveillent

La base de Menwith Hill

La base de Menwith Hill - -

Le Big Brother de la surveillance globale n'est pas une entité abstraite. Il se matérialise par des bâtiments, des antennes, des radômes, des datacenters, etc. Voici une sélection de quelques sites emblématiques.

Les révélations d’Edward Snowden, qui continuent de se distiller dans les médias, ont fait prendre conscience d’une surveillance de masse désormais omniprésente. Les documents du lanceur d'alerte et les enquêtes journalistiques ont permis de connaître les endroits depuis lesquels cet espionnage à l'échelle planétaire était réalisé. Petit tour du monde des lieux depuis lesquels on vous observe.

Long Lines Building au 33 Thomas Street, New-York

Construit pendant la guerre froide, cette tour sans fenêtres en plein coêur de Manhattan appartient à l'opérateur AT&T. Elle est remplie d'équipements télécoms et constitue un nœud de transmission pour les communications entre les Etats-Unis et l'étranger. C'est pourquoi la NSA a également élu domicile à cette adresse. Selon des documents d'Edward Snowden, l'agence y a installé tout un tas de matériels d'interception. Ces derniers seraient même directement gérés par des techniciens d'AT&T. Une vraie relation de confiance ! 

Utah Data Center à Camp Williams, près de Bluffdale

Utah Data Center
Utah Data Center © NSA

Opérationnel depuis septembre 2016, l'Utah Data Center est un centre de stockage et de traitement de données de la NSA. Réparti sur 100.000 m², dont 10.000 m² dédiés aux serveurs informatiques, il s'agirait du plus gros centre d'interception des communications des Etats-Unis, et donc probablement du monde. Sa capacité de stockage est estimée entre 3 et 12 exaoctets (milliards de gigaoctets). Sa puissance de calcul s'appuie sur des supercalculateurs Cray XC30. Parmi les objectifs ouvertement affichés: stocker les échanges web chiffrés en AES-256 pour pouvoir les déchiffrer dans quelques années. Sympa.

Station d'écoute de Menwith Hill, Yorkshire du Nord

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Utilisée dès les années 50 par les Etats-Unis pour surveiller l'Union soviétique, la base de Menwith Hill est aujourd'hui un important centre d'écoute de la NSA. Selon The Intercept, elle sert à espionner les pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie. Elle est employée en particulier pour localiser des personnes suspectes dans le cadre du programme d'assassinats ciblés du gouvernement américain, par exemple au Yemen. Cette géolocalisation s'appuie sur la captation des signaux émis par les "VSAT", des équipements de connexion utilisés fréquemment par les cafés Internet au Moyen-Orient.

Ambassade des Etats-Unis, Paris

Les ambassades ont toujours été des nids d'espions. Aujourd'hui, ils se transforment de plus en plus en centres d'interception télécoms. En 2015, Libération révélait que le dernier étage de l'ambassade américaine hébergeait une station d'écoute, cachée derrière une immense bâche qui laisse passer les ondes électromagnétiques et sur laquelle sont peintes des fenêtres en trompe-l'œil. Idéal pour espionner les communications mobiles de l'Elysée... qui se trouve à quelques centaines de mètres. L'ambassade parisienne n'est pas la seule station d'écoute du genre. Les Etats-Unis auraient construit 80 sites similaires dans le monde, dont 19 en Europe. On en trouve, en particulier, à Berlin, Genève, Madrid ou Varsovie. La Chine n'est pas en reste. Elle a installé un centre d'écoute satellitaire à Chevilly-Larue, sur le toit d'une annexe de son ambassade.

Station d'atterrissage de Penmarc'h, en Bretagne

Cette petite bourgade du Finistère (5.400 habitants) ne dispose pas seulement d'un spot de surf exceptionnel, mais aussi d'un centre d'écoute de la DGSE. Selon une enquête de L'Obs, il permet d'intercepter les communications acheminées par le câble sous-marin ACE qui connecte l'Europe avec l'Afrique de l'Ouest. Cette collecte se fait au niveau de la station d'atterrissage d'Orange où les câbles sous-marins sont connectés à son cœur de réseau terrestre. Elle est située au 133, rue… "des câbles sous-marins" ! 

La DGSE disposerait également de centres d'écoute similaires à Marseille et à Saint-Valéry-en-Caux. Les documents d'Edward Snowden ont montré que les autres pays font la même chose. C'est notamment le cas du Royaume-Uni qui, avantagé par sa position géographique, compte de nombreuses stations d'atterrissage sur ses côtes.

PNCD, 141 boulevard Mortier, Paris

Siège de la DGSE, boulevard Mortier
Siège de la DGSE, boulevard Mortier © HO / DGSE / AFP

C'est un peu la version française de l'Utah Data Center. Située dans les sous-sols du siège de la DGSE, la "Plateforme nationale de cryptage et de décryptement" a été révélée par Le Monde dès 2013, puis détaillée en 2015. Cette infrastructure classée secret-défense collecte des milliards de données françaises et étrangères, provenant des échanges hertziens ou des réseaux terrestres. Six autres services de renseignement français puiseraient quotidiennement dans cette énorme base de données : DCRI (renseignement intérieur), DNRED (douanes), DPSD (sécurité défense), DRM (renseignement militaire), Tracfin (fraude et blanchiment d’argent), service de renseignement de la préfecture de Police.