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Ces réseaux sociaux "anti-censure", nouveaux refuges des internautes les plus radicaux

Pepe the Frog, l'un des symboles de l'alt-right américaine.

Pepe the Frog, l'un des symboles de l'alt-right américaine. - Pepe the Frog

Un nombre croissant de plateformes, pour la plupart américaines, revendiquent une liberté de ton totale, à rebours des plus grands réseaux sociaux. Et voient les déçus de Facebook ou YouTube affluer.

Elles ont une à une pris leurs dispositions. Facebook, Instagram, Twitter, mais aussi TikTok, Snapchat, YouTube ou encore Twitch, le site de streaming vidéo détenu par Amazon: toutes ces plateformes ont annoncé des mesures de modération à l'encontre du compte de Donald Trump, quitte à le bloquer pour une durée indéterminée, à la suite de l'invasion du Capitole survenue ce 6 janvier.

L'allocution vidéo de Donald Trump à la suite des événements, dans laquelle il maintient que l'élection présidentielle a été "volée", a été bannie de YouTube et Facebook. Sa visibilité a grandement été limitée sur Twitter, qui a interdit ses retweets, likes et commentaires, par une mesure sans précédent.

Critiquées pour leur propension à laisser fleurir des appels à la violence, ces plateformes ont par ailleurs serré encore davantage la vis sur les contenus haineux en ligne. YouTube a également annoncé sévir à l'encontre des vidéos à même de contester les résultats de l'élection présidentielle américaine.

Toutes se trouvent face à dilemme de taille: étouffer la propagation de thèses conspirationnistes et d'appels à la violence sur leurs réseaux, tout en ne se privant pas d'une audience lucrative. A leurs côtés, et à rebours de leurs mesures de modération parfois interprétés comme de la "censure", fleurissent des réseaux d'un genre nouveau, qui revendiquent une absence quasi intégrale de modération.

Gab, la contre-offensive ascendant alt-right de Twitter

Lancé en 2016 sur le modèle de Twitter, Gab a vu affluer les premiers internautes réfractaires à toute forme de modération. Par ses règles souples, le réseau indique régulièrement poursuivre un combat en faveur de la liberté d'expression. Sa devise: "Tous bienvenus pour s'exprimer librement".

La plateforme compte dans ses rangs plusieurs figures de l'"alt-right", cette mouvance d'extrême-droite, devenues persona non grata sur les réseaux sociaux traditionnels.

Le réseau avait suspendu son activité fin 2018, à la suite de la tuerie de Pittsburgh, qui avait fait onze morts dans une synagogue. Des messages antisémites avaient en l'occurrence été retrouvés sur sa plateforme et fait fuir les fournisseur d'accès Internet, Joyent, mais aussi partenaire de paiement PayPal, mais aussi l'hébergeur, GoDaddy, de Gab.

Gab se contente d'une version Web et ne dispose en revanche pas d'application mobile. De quoi grandement limiter son utilisation lors de mobilisations.

Parler, le réseau qui monte

"Lisez l'actualité, parlez librement". Le réseau américain Parler, créé en 2018, propose un fil d'actualité et suggère des comptes à suivre, à la manière de Twitter. Sa modération particulièrement indulgente en fait l'outil de prédilection des Proud Boys, un groupe paramilitaire pro-Trump fondé en 2016, qui épouse l'idéologie des suprémacistes blancs.

La plateforme a encaissé un afflux massif d'utilisateurs en octobre dernier, à la suite d'un débat opposant Donald Trump et Joe Biden, l'ancien président américain ayant refusé de condamner ces mêmes suprémacistes blancs. La fréquentation du site aurait dès lors triplé pour atteindre les 4 millions d'utilisateurs, notait à l'époque Business Insider.

Un compte officiel de Donald Trump a brièvement fait son apparition sur le réseau, à la suite des blocages successifs survenus sur Facebook ou Twitter. Il a depuis été restreint au mode privé. Quelques jours avant l'invasion du Capitole, des publications faisant référence à un nœud coulant à installer devant le Congrès pour "pendre Mike Pence", le vice-président de Donald Trump, ont été très relayés sur le réseau. Ce nœud coulant a bel et bien été mis en place le 6 janvier aux abords du Congrès.

DLive, l'alternative à Twitch

Sur DLive, fondée par l'entrepreneur Charles Wayn en 2017, signaler un contenu haineux passe par le même formulaire de contact que celui utilisé pour interagir avec l'assistance technique ou l'équipe juridique de la plateforme. Le procédé fait office de rare mesure de modération.

Le site se présente comme une alternative à la plateforme de streaming vidéo Twitch, détenue par Amazon. La plateforme a largement gagné en audience après un bref passage de l'une des figures les plus populaires, mais aussi les plus décriées, de YouTube, Felix "PewDiePie" Kjellberg. DLive n'a depuis cessé de gagner en popularité, passant du 4 322 site classé selon Alexa en octobre 3273e aujourd'hui.

D'après le site américain Wired, DLive a été largement utilisé lors de l'invasion du Capitole, pour diffuser en direct des vidéos de la mobilisation, et lancer des appels aux dons. Plus de 140 000 personnes ont consulté ces flux depuis DLive.

La plateforme, connue pour sa propension à attirer les suprémacistes blancs, a tenu à se désolidariser du saccage perpétré et à annoncer, du même coup, une mesure de modération potentielle: la mise hors ligne de toutes les chaînes et de tous les comptes à même de s'adonner à une "activité illégale".

Odysee, le Youtube "libre"

Elle aura fait office de refuge à Hold-Up, le documentaire français controversé sur l'épidémie de coronavirus, très raidement banni de Vimeo. Odysee se présente comme une plateforme de vidéos ouverte à tous les vents, et notamment aux thèses les plus contestées. Héritère de LBRY, une plateforme lancée en 2016, sa nouvelle version est toute récente et remonte à septembre 2020.

Dieudonné y a lancé sa chaîné après avoir été banni de YouTube au mois de juin; Egalité et Réconciliation, la chaîne du polémiste et négationniste Alain Soral, y a également trouvé sa place. De même pour Thierry Casasnovas, vidéaste Web anti-vaccin, adepte du jeûne et du crudivorisme.

QAnon, la mouvance conspirationniste dont de nombreux représentants se sont mobilisés aux Capitole, y a ouvert sa propre chaîne francophone. Cette dernière compte plus de 18 000 abonnés.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech