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Ce que laisse Charles Aznavour à ses héritiers

Plus fourmi que cigale, Charles Aznavour laisse derrière lui un patrimoine considérable dont on sait peu de choses, hormis deux propriétés, l'une dans les Alpilles, l'autre en Suisse, où il était résident depuis les années 70.

1.200 chansons écrites pour lui et pour d'autres... 180 millions de disques vendus... Charles Aznavour laisse derrière lui un patrimoine considérable, mais très difficile à quantifier financièrement. Un site canadien évoque la somme de 145 millions d'euros, chiffre totalement invérifiable.

Nul ne sait comment Charles Aznavour a placé son argent. On sait juste que l'interprète de la Bohème était tout sauf un flambeur, contrairement à son ami Johnny Hallyday, pour qui il a écrit Retiens la nuit. On sait aussi, que gestionnaire avisé, il avait déposé les marques Aznavour et Charles Aznavour à l'INPI.

On sait surtout que le chanteur espérait échapper à toute querelles d'héritages entre sa veuve Ulla, et ses six enfants, issus de trois mariages différents: "J’ai déjà tout mis en place, ça fait trente ans que j’ai fait mon testament. Je ne veux pas qu’on se batte pour une cuillère ou une fourchette, c’est ridicule et c’est ce qui se passe souvent", déclarait-il au magazine Sept à Huit en septembre.

Des maisons et de l'huile

Côté immobilier, on connaît son affection pour la Provence. Il a d'abord eu une maison à Mougins (Alpes Maritimes), puis une autre à Mouriès (dans les Alpilles). Il est d'ailleurs décédé dans cette vaste propriété de 40 hectares, baptisé Aigo claro (l'eau claire). Il y produisait de l'huile d'olive, apparemment via la société Your SAS dirigée par son fils Nicolas (26.700 euros de chiffre d'affaires). Mais en réalité, ce domaine appartient à sa fille Katia et son beau-fils Rachid Kallouche, via la société civile immobilière Leilou.

Son autre terre de prédilection fut la Suisse, où il s'est installé au début des années 70, notamment pour des raisons fiscales. Il a d'abord résidé à Crans-Montana, puis à Cologny, puis à Genève, puis enfin à Saint-Sulpice, petit village situé au bord du lac Leman, dans une maison contemporaine avec piscine, mitoyenne avec une autre villa occupée par son fils Nicolas, lui aussi résident suisse.

Optimisation fiscale

Ayant commencé sa carrière il y a plus de 70 ans, Charles Aznavour a vu tomber dans le domaine public au bout de 50 ans les premières chansons qu'il a interprétées. Toutefois, il cherchait à contrer l'édition de ces chansons, contestant par exemple avec succès l'utilisation d'une photo de lui sur la pochette des disques...

Ses droits d'auteurs atterrissaient notamment dans deux sociétés françaises, Toy Music SARL (crée en 1982) et Editions musicales Djanik SAS (créée en 1988), détenues par lui-même, sa femme Ulla, ses enfants Nicolas et Sera (qui réside en Californie).

Même s'il était résident fiscal suisse, Charles Aznavour restait toutefois imposable sur les activités exercées en France. Toutefois, il a mis en place en 2007 un montage pour payer encore moins d’impôts au fisc français, notamment sur les dividendes distribués par ces deux sociétés françaises. En pratique, les actions de ces deux sociétés ont été apportées en deux temps (2007 puis 2016) à une holding luxembourgeoise baptisée Abricot SA, détenue par la famille Aznavour.

Résultat: les dividendes des deux sociétés françaises, jusqu’ici versés en France à la famille Aznavour, sont, depuis près de dix ans, versés à Abricot SA au Luxembourg où ils ne sont pas imposés. Toutefois, les dividendes en question restent modestes: 1,7 million d’euros entre 2007 et 2015, selon les calculs de Mediapart. Mais, dans les comptes de leur maison-mère luxembourgeoise, ces deux sociétés françaises valent 4,4 millions d'euros. Ce montage permettra désormais aux héritiers de profiter de la fiscalité luxembourgeoise sur les successions, bien plus avantageuse que la fiscalité française.

Jamal Henni